Vols et escroqueries : ces techniques discrètes qui coûtent cher aux commerçants

Détournement d’attention, rendu de monnaie, faux billets, fraude au retour ou départ sans payer de l’établissement… Les commerçants sont de plus en plus confrontés à des vols et escroqueries parfois difficiles à repérer. Quelques minutes, voire quelques secondes d’inattention, peuvent suffire à occasionner une perte importante.

vols commerce
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Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, les commerçants sont de plus en plus exposés aux vols et aux tentatives d’escroquerie en tout genre. Les formes les plus visibles de cette insécurité restent les cambriolages, les dégradations ou encore les agressions. Mais à côté de ces actes, d’autres pratiques plus discrètes, comme certains vols à l’étalage ou différentes formes d’escroquerie, peuvent également occasionner des pertes importantes.

Elles reposent souvent sur la précipitation, la confusion ou le détournement d’attention. Une période d’affluence, un échange inhabituel à la caisse, un service particulièrement chargé ou une demande présentée comme urgente peuvent suffire à créer une faille. Focus sur ces techniques auxquelles les commerçants peuvent être confrontés au quotidien.

1. Le détournement d’attention pour voler dans les rayons

La scène commence souvent de façon tout à fait ordinaire. Deux ou plusieurs personnes entrent dans le magasin et se répartissent dans différents rayons. L’une d’elles sollicite le commerçant, lui demande de présenter un produit, multiplie les questions ou l’amène à se déplacer dans la boutique. Pendant que son attention est mobilisée, une autre personne en profite pour prendre un article sans être vue.

Cette méthode fonctionne particulièrement bien lorsqu’une seule personne doit à la fois conseiller les clients, surveiller la surface de vente et tenir la caisse. La vigilance doit ainsi surtout être renforcée lorsque plusieurs personnes cherchent, au même moment, à solliciter le vendeur ou à l’éloigner d’une zone du magasin.

2. Le vol au « rendez-moi » pour créer la confusion à la caisse

Le vol au « rendez-moi » repose sur un scénario bien rodé. Le client effectue généralement un achat de faible montant avec une grosse coupure, puis revient sur la transaction une fois la monnaie rendue. Dernièrement, la CCI de la Sarthe a alerté les commerçants sur cette pratique après plusieurs signalements dans le département. « Un individu se présente chez le commerçant. Il règle un achat inférieur à 15 euros à l’aide d’un billet de 100 ou 200 euros. Sous le prétexte d’avoir perçu trop de monnaie, il réclame le billet remis, restitue la monnaie et déclare revenir avec la somme correspondant à son achat », explique la CCI.

Tout récemment également, une autre variante de cette technique a été signalée par les forces de l’ordre. « Des individus entrent en magasin et se font passer pour des collectionneurs britanniques. Ils demandent aux commerçants de voir leurs billets, de 20 ou 50 euros, afin de regarder s’ils ne disposent pas de séries rares. Ensuite ils leur rendent, mais en gardant quelques billets pour eux. Avec leur dextérité, les commerçants ne se rendent souvent compte de rien », détaille le lieutenant Gebus, de la gendarmerie de Belfort.

Ce n’est souvent qu’après leur départ que le commerçant constate la disparition d’un ou plusieurs billets. Dans les deux cas, la méthode repose sur la rapidité des échanges et la confusion créée autour des espèces manipulées. Une file d’attente ou un moment de forte affluence peut encore faciliter la manœuvre. Mieux vaut donc interrompre l’échange en cas de demande inhabituelle, garder les billets bien en vue et recompter les sommes avant de poursuivre la transaction.

3. Les faux billets, toujours en circulation

Autre risque bien connu des commerçants, les faux billets, qui continuent de circuler, y compris sur des coupures très courantes. En 2025, 444 000 billets contrefaits ont été retirés de la circulation dans la zone euro. Près de 80 % concernaient les coupures de 20 et 50 euros. Leur nombre reste faible au regard de l’ensemble des billets utilisés, mais leur détection peut être plus difficile dans un commerce lorsque les encaissements s’enchaînent rapidement.

La Banque de France recommande de vérifier les principaux signes de sécurité avec la méthode « toucher, regarder, incliner ». La texture du papier, le filigrane, le nombre émeraude ou encore l’hologramme permettent notamment de repérer une anomalie. Le contrôle mérite d’être renforcé lorsqu’un billet semble inhabituel ou lors des périodes de forte affluence, pendant lesquelles la vigilance peut naturellement diminuer. En cas de doute, le commerçant peut demander un autre moyen de paiement plutôt que d’accepter la ou les coupures.

Lire aussi : Faux billets en hausse : quelles sont les techniques pour les repérer ?

4. L’échange d’étiquette ou de code-barres pour payer moins cher

Dans certains commerces, la fraude ne consiste pas à repartir sans payer, mais à modifier le prix présenté au moment du passage en caisse. Un client peut remplacer l’étiquette d’un produit par celle d’un article moins cher ou présenter un code-barres ne correspondant pas à l’article réellement acheté. La pratique concerne surtout les magasins où les clients manipulent librement les produits, notamment dans l’habillement, la décoration, le bricolage ou certaines enseignes alimentaires.

La fraude peut être difficile à repérer lorsque les références se ressemblent ou pendant les périodes d’affluence. Une différence inhabituelle entre le produit présenté et le prix affiché à la caisse doit donc attirer l’attention, notamment sur les articles de valeur. Dans les commerces équipés de caisses automatiques, la vigilance porte également sur la correspondance entre le produit réellement déposé et celui enregistré lors du passage en caisse.

5. La fraude au retour, un risque pour les commerçants qui vendent en ligne

Avec le développement des ventes en ligne, les retours de produits sont eux aussi devenus une source de fraude. Le procédé peut prendre plusieurs formes. Un client commande un article, puis renvoie un produit différent, un objet de moindre valeur ou un colis dont le contenu a été remplacé. D’autres utilisent le produit avant de le retourner en demandant un remboursement, ou déclarent ne jamais avoir reçu une commande pourtant indiquée comme livrée.

Selon une récente enquête menée par La Poste, jusqu’à 10 % des retours de commandes e-commerce en France pourraient être abusifs ou frauduleux, avec une exposition particulière de certains secteurs comme l’habillement et les accessoires haut de gamme. Pour les commerçants, l’enjeu est surtout de ne pas déclencher automatiquement le remboursement. Vérifier la référence, l’état du produit retourné et les informations de livraison permet de repérer plus facilement une anomalie avant de restituer l’argent.

6. Le « resto-basket » et les vols pendant le coup de feu

La restauration et le snacking sont eux aussi exposés à des formes spécifiques de vol qui profitent directement du rythme du service. Le « resto-basket » en est l’exemple le plus connu. Des clients consomment normalement puis quittent l’établissement sans régler, parfois en profitant d’une terrasse très fréquentée, d’une grande tablée ou d’un service particulièrement chargé. Les départs peuvent aussi se faire progressivement, jusqu’au moment où l’équipe constate qu’une partie ou la totalité de l’addition n’a jamais été encaissée.

Le coup de feu favorise également des vols plus opportunistes. Un téléphone professionnel laissé sur le comptoir, un sac de salarié accessible, une bouteille proche d’une sortie ou un tiroir-caisse momentanément ouvert peuvent devenir des cibles faciles. L’essentiel est d’anticiper avant le service, en sécurisant les effets personnels, les fonds de caisse et les objets de valeur.

Lire aussi : Braquages, agressions, cambriolages : les bijouteries en première ligne

7. Faux conseiller bancaire, faux RIB et fausses factures

Enfin, certaines escroqueries ne nécessitent même plus de se présenter ou d’acheter dans le commerce. Les professionnels peuvent être directement ciblés par téléphone ou par mail, avec des messages de plus en plus crédibles. Le faux conseiller bancaire en est un exemple fréquent. L’interlocuteur affirme qu’une opération suspecte a été détectée sur le compte de l’entreprise et demande d’agir rapidement, en communiquant un code reçu par SMS, en validant une opération ou en effectuant un transfert. Derrière l’urgence affichée, l’objectif est justement d’amener le professionnel à autoriser lui-même le détournement. En cas de doute, le premier réflexe doit être de raccrocher sans effectuer aucune opération, puis de contacter directement sa banque à partir d’un numéro déjà connu. Aucun code reçu par SMS ou validation dans l’application bancaire ne doit être communiqué ou effectué à la demande d’un interlocuteur qui appelle de lui-même.

Autre arnaque à distance difficile à repérer, celle des faux RIB et des fausses factures. Elles reposent davantage sur la relation de confiance avec un fournisseur. Un mail peut reprendre le nom d’un interlocuteur habituel, correspondre à une véritable commande et demander simplement que le prochain règlement soit effectué sur de nouvelles coordonnées bancaires. Dans certains cas, une messagerie professionnelle a été piratée afin de s’insérer dans des échanges existants. Tout changement de RIB ou toute demande de paiement inhabituelle doit donc être vérifié directement auprès du fournisseur, en utilisant des coordonnées déjà connues et non celles figurant uniquement dans le message reçu.

Mieux repérer les situations inhabituelles

Face à l’ensemble de ces pratiques, l’enjeu n’est pas tant de multiplier les contrôles, mais de savoir reconnaître les situations qui sortent de l’ordinaire. Un échange qui s’éternise à la caisse, une demande inhabituelle autour d’un paiement ou un changement soudain dans les habitudes d’un fournisseur doivent inviter à vérifier avant d’agir.

Former les salariés à ces différents scénarios et partager les alertes entre professionnels peut aussi permettre de réagir plus vite lorsqu’une même méthode commence à circuler sur un territoire. Car plus ces techniques sont connues, moins elles ont de chances de fonctionner.

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