Le gouvernement acte une nouvelle hausse du coût du travail

En parallèle de la hausse du SMIC de 2,40 % au 1er juin, les cotisations sociales pesant sur les salaires vont également légèrement progresser. Une double peine pour les entreprises, dans un contexte déjà marqué par le renchérissement des coûts fixes et une baisse sensible de l’activité depuis le début de l’année.

hausse charges patronales
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La décision est confirmée. L’exécutif va geler, pour toute l’année 2026, le barème des allègements de cotisations patronales applicables aux rémunérations inférieures à trois fois le SMIC. La mesure, qui doit permettre de rapporter quelque 2,2 milliards d’euros dans les caisses de l’État, a été actée pour faire face à la baisse des recettes publiques depuis le début de l’année, estimée par le gouvernement à 6 milliards d’euros, en raison du conflit au Moyen-Orient.

Pour rappel, ces allègements de cotisations patronales ont été progressivement mis en place à partir des années 1990 pour réduire le coût du travail et soutenir la compétitivité des entreprises françaises, dans un pays où le coût de la main-d’œuvre reste parmi les plus élevés au monde. En gelant leur barème, l’exécutif revient donc partiellement sur un dispositif ancien, devenu central pour de nombreux employeurs. Une décision qui fait de facto peser un risque supplémentaire sur l’emploi.

Le patronat dénonce une « double peine »

La décision de l’exécutif est d’autant plus difficile à accepter pour les entreprises que le SMIC va connaître une revalorisation de 2,40 % au mois de juin, la deuxième hausse depuis le début de l’année. En l’espace de cinq ans, le SMIC a ainsi été revalorisé pas moins de 11 fois, passant de 1 554 euros bruts en 2021, à 1 867 euros bruts au 1er juin 2026, soit une hausse de plus de 20 % ! Entre-temps, les marges des entreprises n’ont cessé de se réduire, entre hausse des prix de l’énergie, des matières premières, des loyers commerciaux, et désormais des cotisations sociales, le tout dans un contexte de baisse durable de l’activité.

De quoi provoquer la colère de l’ensemble du corps patronal. « Il s’agit d’une nouvelle erreur majeure de politique économique. Rogner encore sur les allègements de charges, c’est à la fois anti-entreprise, anti-emploi, anti-salaire et anti-pouvoir d’achat », a réagi le patron du Medef, Patrick Martin. « L’équation devient aujourd’hui intenable : impossibilité de répercuter la hausse des coûts fixes sur les prix, baisse des capacités d’investissement et perte d’attractivité des métiers. Nos entreprises ont besoin de stabilité et de visibilité, pas de contraintes fiscales supplémentaires », renchérit de son côté Thierry Marx, président de l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie).

L’inquiétude d’autant plus forte que, d’après les derniers chiffres publiés par l’Insee, le chômage est reparti à la hausse en France au premier trimestre. « Les 2 milliards qui vont manquer aux entreprises représentent l’équivalent de 30 000 à 35 000 emplois », prévient Patrick Martin.

La France parmi les pays qui taxent le plus le travail

Cette hausse intervient alors que la France figure déjà parmi les pays développés où la pression fiscale sur le travail est la plus élevée. Selon les derniers chiffres publié par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), pour 100 euros dépensés par un employeur en France, seuls 52,80 euros reviennent en moyenne au salarié sous forme de salaire net et d’avantages. Le reste, soit 47,20 euros, part en impôts et cotisations. Ce niveau place la France au troisième rang des pays de l’OCDE qui taxent le plus le travail, derrière la Belgique et l’Allemagne. Un élément supplémentaire qui nourrit les critiques des organisations patronales.

Les pays de l’OCDE qui taxent le plus le travail

RangPaysCoin fiscal
1Belgique52,5 %
2Allemagne49,3 %
3France47,2 %
4Autriche47,1 %
5Italie45,8 %
6Slovénie45,3 %
7Slovaquie42,7 %
8Estonie42,6 %
9Finlande42,5 %
10Espagne41,4 %
11Tchéquie41,2 %
12Hongrie41,2 %
13Suède41,1 %
14Turquie40,3 %
15Luxembourg40,2 %
16Lettonie40,1 %
17Lituanie39,8 %
18Portugal39,3 %
19Grèce39,3 %
20Norvège36,4 %
21Pays-Bas35,9 %
22Danemark35,8 %
Moyenne OCDE35,1 %
23Pologne35,0 %
24Japon33,1 %
25Irlande32,6 %
26Royaume-Uni32,4 %
27Canada32,1 %
28Islande31,5 %
29États-Unis30,0 %
30Australie27,9 %
31Costa Rica27,7 %
32Israël26,1 %
33Corée24,8 %
34Suisse23,0 %
35Mexique21,7 %
36Nouvelle-Zélande20,8 %
Note : Le « coin fiscal » mesure l’écart entre le coût total du travail pour l’employeur et ce que perçoit réellement le salarié après impôts et cotisations. En France, un coin fiscal de 47,2 % signifie que, pour 100 euros dépensés par l’employeur, 47,20 euros partent en impôts et cotisations, tandis que 52,80 euros reviennent au salarié. À l’échelle de l’OCDE, la moyenne s’établit à 35,1 %, soit environ 64,90 euros perçus par le salarié pour 100 euros de coût employeur. Ces chiffres concernent un salarié célibataire sans enfant rémunéré au salaire moyen.

Un signal supplémentaire de tension pour les entreprises

Dans ce contexte, le gel des allègements de cotisations patronales apparaît ainsi comme un signal supplémentaire de tension pour les employeurs. D’autant que la mesure va surtout peser sur les secteurs les plus exposés au ralentissement économique lié au conflit au Moyen-Orient, à savoir le commerce, l’artisanat et l’hôtellerie-restauration. Pour ces entreprises, chaque hausse du coût du travail réduit un peu plus les marges de manœuvre, alors que les trésoreries sont déjà fragilisées par l’augmentation des coûts fixes.

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La mesure illustre aussi une forme de contradiction budgétaire. D’un côté, le gouvernement augmente la prime d’activité pour près de 2 milliards d’euros, et de l’autre, il gèle les exonérations de cotisations patronales pour récupérer 2,2 milliards d’euros auprès des entreprises. C’est tout le paradoxe dénoncé par les organisations patronales, qui reprochent à l’exécutif de faire davantage contribuer les employeurs au moment même où il affirme vouloir soutenir l’emploi et préserver la compétitivité.

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