Défaillances d’entreprises : un nouveau record début 2026
Près de 19 000 procédures collectives ont été ouvertes en France au 1er trimestre 2026, en hausse de 6,40 %. Contrairement aux trimestres précédents, les entreprises du commerce sont davantage touchées, tandis qu’une légère amélioration s’observe dans la restauration, même si le nombre de défaillances reste très élevé. Explications et analyse détaillée par secteur et par région.

Les défaillances d’entreprises continuent de progresser en France. Selon la dernière étude du cabinet Altares, 18 986 procédures collectives ont été ouvertes au 1er trimestre 2026, soit une hausse de 6,4 % par rapport à la même période l’an dernier. Sur douze mois glissants, la sinistralité atteint désormais 71 100 défauts, un niveau inédit depuis la crise de 2009.
Un chiffre à mettre en lien avec le recul significatif de l’activité des commerçants au 1er trimestre 2026, à – 3,30 % par rapport au 1er trimestre 2025. Une tendance d’autant plus préoccupante que le nombre d’emplois menacés atteint lui aussi un niveau très élevé. Au total, 75 350 emplois sont concernés par une procédure ouverte depuis le début de l’année, soit 4 010 de plus qu’au 1er trimestre 2025. Les redressements judiciaires pèsent lourd dans cette progression, avec 5 767 procédures, en hausse de 13,6 %, contre 12 836 liquidations judiciaires directes, en progression plus modérée de 3,6 %.
« Au cours de ce trimestre, plus de 300 chefs d’entreprise se sont présentés chaque jour ouvré devant le tribunal. Au-delà de la disparition de savoirfaire, ces défaillances entraînent de lourdes conséquences sociales : emplois directement supprimés ou fragilisés, mais aussi effets indirects sur les fournisseurs, les sous-traitants et plus largement sur l’écosystème économique local », souligne à juste titre Thierry Millon, directeur des études Altares. Une situation qui traduit la persistance des difficultés de trésorerie dans de nombreux secteurs, malgré quelques poches de résistance.
Les TPE toujours en première ligne
Comme lors des précédents trimestres, les très petites entreprises concentrent l’essentiel des difficultés. Les structures de moins de trois salariés représentent à elles seules 14 311 défaillances, soit 75 % des procédures ouvertes au 1er trimestre. Leur nombre progresse fortement, de 11,2 % sur un an. Une situation qui confirme la fragilité persistante des plus petites structures, souvent moins armées pour absorber la hausse des charges, les tensions de trésorerie ou les retards de paiement. Plus de sept microentreprises défaillantes sur dix ont d’ailleurs été directement placées en liquidation judiciaire.
À l’inverse, les TPE de 3 à 9 salariés affichent une meilleure résistance, avec 3 272 défaillances, en recul de 6,7 % sur le trimestre. La dynamique est encore plus favorable pour les PME de 10 à 19 salariés, dont le nombre de défauts diminue de 12,1 %, à 830 procédures.
La situation se détériore en revanche pour les PME de 20 à 99 salariés. Au total, 519 entreprises de cette taille ont défailli au 1er trimestre 2026, contre 463 un an plus tôt, soit une hausse de 12,1 %. Les entreprises de 100 salariés et plus sont, elles, mieux orientées, avec 54 défaillances, soit 10 de moins qu’au début de l’année 2025.
Évolution du nombre de défaillances d’entreprises en France sur 10 ans (Données 12 mois glissants – Mars 2016 à Mars 2026)

Le commerce efface les gains de 2025
Dans le commerce, les signaux d’amélioration observés l’an dernier n’ont pas tenu. Au total, 3 737 procédures ont été ouvertes dans le secteur au 1er trimestre 2026, soit une hausse de 4 % sur un an. Les commerces de bouche sont notamment repartis à la hausse, avec un nombre de défaillances en progression de 5,5 %, après un début d’année 2025 mieux orienté. La tendance est encore plus marquée pour les magasins multi-rayons, qui regroupent notamment les épiceries, supérettes et supermarchés, avec une hausse de 13,4 %. À noter que les trois quarts des défauts de ce segment concernent des épiceries.
Le commerce d’habillement replonge également, avec un nombre de procédures en hausse de 6,4 %. Le secteur ne parvient donc pas à prolonger la bonne performance du début 2025, lorsqu’il affichait un recul de 15 %. Cette reprise des difficultés se retrouve aussi dans la coiffure et l’esthétique, où les défaillances progressent de 14,3 %. La hausse la plus forte concerne toutefois les commerces non sédentaires, dont le nombre de défauts bondit de 30 %.
À l’inverse, certains segments retrouvent un peu d’air. Les sports et loisirs, qui avaient vu leur nombre de défaillances progresser fortement en 2024 et 2025, enregistrent cette fois une baisse de 16 %. Une dynamique favorable s’observe également dans le bricolage et l’équipement du foyer, où les procédures reculent de 17,3 %, avec une amélioration particulièrement marquée dans le meuble.
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La restauration marque une pause, mais reste à un niveau élevé
Dans la restauration, la tendance apparaît un peu moins défavorable. Après plusieurs trimestres très difficiles, le secteur laisse entrevoir une forme d’accalmie, avec 2 101 défaillances au 1er trimestre 2026. Un niveau quasiment stable par rapport à début 2025, en légère baisse de 0,4 %. Cette stabilisation doit toutefois être relativisée, tant la dégradation a été forte ces dernières années : le nombre de défauts reste aujourd’hui deux fois plus élevé qu’au début de l’année 2022.
La restauration traditionnelle porte cette amélioration relative, avec 1 071 procédures, en recul de 2,5 %. À l’inverse, la restauration rapide reste légèrement dégradée, avec 952 défaillances, en hausse de 2,4 %. Le secteur continue donc d’évoluer à un niveau de sinistralité élevé, même si la dynamique paraît moins défavorable qu’auparavant.
La situation demeure également délicate pour les débits de boissons. Bars et cafés enregistrent 373 procédures, en hausse de 6,6 % sur un an. De son côté, l’hébergement connaît un début d’année nettement plus difficile, avec 168 défaillances, en progression de 27,3 %, une évolution portée à la fois par l’hôtellerie et l’hébergement touristique de courte durée.
Des régions très inégalement touchées
Si des disparités importantes s’observent sur le plan sectoriel, il en est de même au niveau territorial, avec plusieurs régions qui enregistrent de fortes hausses des défaillances. La Bourgogne-Franche-Comté connaît la progression la plus prononcée, avec 670 entreprises ayant ouvert une procédure collective au 1er trimestre 2026, soit une hausse de 19,6 %. Suivent la Nouvelle-Aquitaine (+17,8 % ; 1 971 défaillances) et le Centre-Val de Loire (+16 % ; 616 défaillances), qui affichent également une nette dégradation par rapport au début de l’année 2025.
D’autres régions restent aussi orientées à la hausse, mais dans des proportions moins marquées. C’est le cas de Provence-Alpes-Côte d’Azur (+8,8 % ; 1 778 défaillances), de l’Occitanie (+8,7 % ; 1 765 défaillances), de l’Auvergne-Rhône-Alpes (+8,1 % ; 2 368 défaillances) ou encore de la Bretagne (+7,1 % ; 753 défaillances). L’Île-de-France, qui concentre toujours le plus grand nombre de procédures, limite davantage la hausse, avec 4 371 défaillances, en progression de 5,8 % sur un an.
À l’inverse, certaines régions sont beaucoup mieux orientées. C’est le cas de la Corse, qui affiche le recul le plus net du trimestre (-24,8 % ; 112 défaillances), de la Normandie (-12,8 % ; 642 défaillances) ou encore des Pays de la Loire (-8,5 % ; 845 défaillances). Le Grand Est reste également proche de la stabilité (+1,2 % ; 1 169 défaillances), tandis que les Hauts-de-France progressent plus modérément que la moyenne nationale (+4,1 % ; 1 345 défaillances). Pour autant, ces améliorations doivent être relativisées, tant le niveau global des défaillances demeure élevé dans l’ensemble du pays.
Carte d’évolution des défaillances par région au 1er trimestre 2026

Des tendances contrastées en Outre-mer
Dans les territoires ultramarins, la situation reste également contrastée. Au total, près de 570 entreprises ont ouvert une procédure collective au 1er trimestre 2026, soit une hausse de 6,6 %, un niveau globalement conforme à la moyenne nationale. La Réunion concentre à elle seule près de la moitié des défaillances ultramarines, avec 254 procédures, en progression de 8,5 % sur un an. La Martinique reste, elle, quasiment stable (+1,4 % ; 140 défaillances), tandis que la Guadeloupe affiche une orientation plus favorable, avec 119 procédures, en recul de 4 %.
La Guyane connaît en revanche une forte dégradation, avec 49 défaillances, soit une hausse de 122,7 %. Un bond spectaculaire, qui doit toutefois être lu avec prudence compte tenu du faible volume de procédures recensées sur le territoire.

Quelles perspectives pour les mois à venir ?
À ce stade, difficile de faire des prévisions exactes pour le reste de l’année, tant le niveau d’activité économique reste soumis à de nombreux aléas conjoncturels, qu’ils soient politiques, sociaux ou internationaux. Mais les chiffres du 1er trimestre n’incitent pas vraiment à l’optimisme. Avec plus de 71 000 défaillances recensées sur douze mois glissants, un nouveau seuil historique vient d’être franchi.
Dans ce contexte, l’accompagnement des entreprises en difficulté apparaît plus que jamais comme une priorité. Thierry Millon rappelle notamment que l’État a lancé en février dernier une Charte de confiance visant à renforcer « l’anticipation, l’accompagnement et la prévention des difficultés des entreprises ». Une initiative qu’il juge nécessaire, notamment pour les PME et les ETI, mais dont l’efficacité pourrait rester limitée face à la réalité du tissu économique français.
Car l’essentiel des défaillances concerne toujours de très petites entreprises. Or, pour ces structures souvent faiblement capitalisées, disposant d’un niveau de trésorerie insuffisant pour affronter un environnement économique dégradé, le temps long nécessaire à un retournement durable reste souvent inaccessible. Les retards de paiement jouent également un rôle d’accélérateur du risque, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations logistiques, l’allongement des délais de livraison et la hausse des coûts d’exploitation.
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Autant de facteurs qui rendent une amélioration rapide difficile à envisager. Comme le souligne Thierry Millon, « dans un climat géopolitique instable, marqué par des perturbations des chaînes logistiques et donc l’allongement des délais de livraison et la hausse des coûts d’exploitation », rien ne laisse présager une baisse rapide des défaillances dans les mois à venir. Reste donc à espérer que les dispositifs de prévention et d’accompagnement permettront au moins de limiter la casse, notamment pour les commerçants et les petites entreprises les plus fragilisés.
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