Combien gagnent les commerçants indépendants ? Les chiffres dévoilés
Quels sont aujourd’hui les métiers du commerce qui offrent les meilleures rémunérations ? Alors que les revenus de nombreux professionnels ont reculé ces dernières années, les écarts restent malgré tout importants selon les secteurs d’activité. Niveau de rémunération, évolution des revenus et temps de travail, découvrez tous les chiffres de notre grande enquête.

Les commerçants indépendants français perçoivent-ils des revenus plus ou moins élevés que le reste de la population active ? Les résultats issus de notre grande enquête sur les revenus des commerçants indépendants, menée au mois de septembre 2026 auprès de 4 864 professionnels, tous secteurs confondus, montrent à l’inverse que les commerçants indépendants français perçoivent en moyenne des revenus issus de leur travail nettement inférieurs à la moyenne des salariés du secteur privé.
En effet, d’après les dernières données publiées par l’Insee, un salarié du secteur privé à temps plein touche en moyenne un salaire brut mensuel de 3 602 euros (soit 43 224 euros brut annuel). Les données consolidées de notre enquête révèlent de leur côté une rémunération moyenne nettement moins élevée chez les commerçants, à 2 700 euros brut mensuel (soit 32 400 euros brut annuel). Cela représente un écart de 902 euros par mois en défaveur des commerçants indépendants. Une différence notable, d’autant que les commerçants travaillent en moyenne autour de 49 heures par semaine (voir plus bas dans l’article). En termes horaires, l’écart de rémunération avec les salariés français est ainsi bien plus conséquent !
L’analyse par secteur d’activité et par taille d’entreprise fait également ressortir des différences importantes entre les commerçants eux-mêmes. Quels sont les métiers du commerce qui offrent aujourd’hui les meilleures rémunérations, et à l’inverse ceux où le niveau de revenus est le plus faible ? Comment ces rémunérations ont-elles évolué ces dernières années ? Quelle est la durée moyenne de travail d’un commerçant ? Découvrez ci-dessous tous les résultats et témoignages de commerçants issus de cette grande enquête.
Combien gagnent les commerçants en moyenne en 2026 ?
Premier enseignement de notre étude, une part importante des commerçants restent sur des niveaux de revenus relativement faibles. 28 % disposent ainsi d’un revenu inférieur au SMIC net, tandis que 49 % se situent entre le SMIC net et le salaire médian net. Seulement 23 % dépassent ce dernier niveau. À titre de repère, le SMIC mensuel net s’élève à 1 477,93 euros depuis le 1er juin 2026, tandis que le dernier salaire médian publié par l’Insee atteint 2 190 euros net par mois dans le secteur privé. Le salaire médian correspond au niveau de rémunération qui partage les salariés en deux : 50 % gagnent moins et 50 % gagnent davantage.
Autrement dit, 77 % des commerçants interrogés se situent sous le niveau du salaire médian net. Un constat d’autant plus marquant que 81 % des répondants emploient au moins un salarié et que 23 % sont même à la tête d’une entreprise comptant dix salariés ou plus. « Je le constate autour de moi, nous avons tous du mal à nous rémunérer correctement dans le commerce. Pourtant mon établissement fonctionne plutôt correctement, mais entre les salaires, le loyer, les fournisseurs et toutes les charges, ma propre rémunération passe après le reste. Une fois toutes les cotisations payées, je suis autour de 1 800 euros par mois », témoigne Julien, commerçant alimentaire à Nantes.

Des écarts importants selon les secteurs d’activité
Si nombre de commerçants se versent ainsi une rémunération relativement réduite au regard du temps consacré à leur activité, les situations diffèrent fortement selon les métiers. Le niveau de marge, le poids des charges fixes, les besoins en personnel ou encore la capacité à répercuter les hausses de coûts sur les prix de vente jouent directement sur ce qu’un dirigeant peut finalement se verser chaque mois. Certaines professions conservent ainsi des niveaux de revenus nettement supérieurs à la moyenne, quand d’autres ont beaucoup plus de difficultés à dégager une rémunération satisfaisante.
Les pharmaciens et parapharmaciens se situent très nettement au-dessus des autres professions étudiées, avec une rémunération brute moyenne de 5 200 euros par mois. Les buralistes figurent eux aussi parmi les professions les mieux rémunérées, avec 3 400 euros brut mensuels en moyenne. Ils devancent légèrement les opticiens, à 3 300 euros, ainsi que les bouchers-charcutiers, qui atteignent 3 250 euros. À l’autre extrémité du classement, les revenus sont sensiblement plus faibles dans plusieurs activités particulièrement exposées au ralentissement de la consommation. Les libraires affichent ainsi une rémunération moyenne de 1 850 euros brut par mois. Les fleuristes se situent autour de 2 100 euros brut mensuels. Dans la mode, la rémunération moyenne atteint de son côté 2 250 euros. Un niveau particulièrement bas pour un secteur très exposé à la concurrence du e-commerce, de la seconde main et des grandes plateformes, alors que l’activité recule depuis plusieurs années et que les marges sont devenues plus difficiles à préserver. « Dans la mode, cela fait plusieurs années que l’activité baisse. On subit à la fois une fréquentation plus faible, davantage de concurrence en ligne et des clientes qui arbitrent beaucoup plus leurs achats. Et en parallèle, nos coûts ont augmenté, donc nos marges se resserrent et notre propre rémunération aussi », résume Sophie, détaillante mode à Bordeaux.
Lire aussi : Baromètre d’activité du commerce indépendant au 2e trimestre 2026
Une situation conjoncturelle compliquée que connaissent également les professionnels de la coiffure, où la rémunération moyenne ressort à 2 450 euros brut par mois. « Depuis 2/3 ans, on constate clairement une vraie baisse d’activité. Les clientes espacent davantage leurs rendez-vous et certaines prestations sont moins demandées. Dans le même temps, les charges continuent d’augmenter, donc forcément la rémunération en prend un coup », renchérit Mélanie, gérante d’un salon de coiffure à Mulhouse.
| Activité | Rémunération brute mensuelle 2026 | Après cotisations sociales* | Évolution vs 2024 |
|---|---|---|---|
| Activités en ville / agences / services | 2 850 € | ≈ 1 910 € | NC |
| Alimentation générale / Épicerie | 2 350 € | ≈ 1 570 € | -5,6 % |
| Antiquité / Brocante / Galerie | 2 250 € | ≈ 1 510 € | NC |
| Arts de la table / Décoration | 2 500 € | ≈ 1 680 € | -13,1 % |
| Bijouterie / Bijoux fantaisie | 2 700 € | ≈ 1 810 € | -8,0 % |
| Boucherie / Charcuterie | 3 250 € | ≈ 2 180 € | -7,7 % |
| Boulangerie / Pâtisserie | 2 950 € | ≈ 1 980 € | -7,4 % |
| Buraliste / Presse / Tabac | 3 400 € | ≈ 2 280 € | -5,6 % |
| Cafés / Bars / Restaurants | 2 850 € | ≈ 1 910 € | -10,5 % |
| Caviste | 2 600 € | ≈ 1 740 € | -8,8 % |
| Confiserie / Chocolaterie | 2 550 € | ≈ 1 710 € | -20,0 % |
| Cigarette électronique | 2 450 € | ≈ 1 640 € | NC |
| Coiffure | 2 450 € | ≈ 1 640 € | -9,7 % |
| Esthétique / Bien-être | 2 350 € | ≈ 1 570 € | -10,0 % |
| Fleuriste | 2 100 € | ≈ 1 410 € | -9,8 % |
| Fromagerie / Crèmerie | 2 800 € | ≈ 1 880 € | +12,5 % |
| Hôtellerie | 3 000 € | ≈ 2 010 € | NC |
| Librairie | 1 850 € | ≈ 1 240 € | -3,0 % |
| Mode / Prêt-à-porter / Lingerie | 2 250 € | ≈ 1 510 € | -14,1 % |
| Opticien | 3 300 € | ≈ 2 210 € | NC |
| Pharmacie / Parapharmacie | 5 200 € | ≈ 3 480 € | NC |
| Poissonnerie | 2 900 € | ≈ 1 940 € | -17,6 % |
| Primeur | 2 400 € | ≈ 1 610 € | -3,6 % |
| Snack / Pizzeria | 2 550 € | ≈ 1 710 € | -23,0 % |
| Tatouage / Piercing | 2 350 € | ≈ 1 570 € | NC |
| Téléphonie / Informatique | 2 500 € | ≈ 1 680 € | NC |
| Tourisme | 2 450 € | ≈ 1 640 € | NC |
| Autre | 2 500 € | ≈ 1 680 € | NC |
La taille de l’entreprise joue aussi sur la rémunération
Le niveau de revenu augmente également à mesure que l’entreprise grandit. Les commerçants sans salarié perçoivent ainsi autour de 2 100 euros brut par mois, contre 2 450 euros pour ceux qui emploient entre 1 et 5 personnes. La moyenne grimpe ensuite à 2 850 euros entre 5 et 10 salariés, 3 300 euros entre 10 et 20 salariés et 3 900 euros dans les entreprises de plus de 20 salariés.
Cette progression reste toutefois relativement contenue au regard des responsabilités supplémentaires qui accompagnent le développement d’une entreprise. À mesure que les effectifs augmentent, le dirigeant doit aussi composer avec une organisation plus lourde, davantage de charges fixes et une masse salariale plus importante. « J’ai onze salariés et forcément beaucoup de responsabilités, mais je ne me verse pas 5 000 ou 6 000 euros par mois pour autant. Quand l’activité ralentit, je préfère préserver les salaires de l’équipe et la trésorerie. La première variable d’ajustement, c’est toujours ma rémunération », explique ainsi Nicolas, d’une boulangerie / pâtisserie, à Toulouse.
| Taille de l’entreprise | Part des répondants | Rémunération brute mensuelle 2026 | Après cotisations sociales* |
|---|---|---|---|
| Aucun salarié | 19 % | 2 100 € | ≈ 1 410 € |
| 1 à 5 salariés | 37 % | 2 450 € | ≈ 1 640 € |
| 5 à 10 salariés | 21 % | 2 850 € | ≈ 1 910 € |
| 10 à 20 salariés | 16 % | 3 300 € | ≈ 2 210 € |
| Plus de 20 salariés | 7 % | 3 900 € | ≈ 2 610 € |
Des revenus en baisse pour près d’un commerçant sur deux
Au-delà des écarts de rémunération selon les métiers ou la taille de l’entreprise, une autre tendance ressort nettement des réponses recueillies. 45 % des commerçants interrogés déclarent que leurs revenus ont diminué depuis 2024, dont 17 % qui évoquent même une forte baisse. À l’inverse, 43 % indiquent que leur rémunération est restée stable, tandis que seulement 12 % ont vu leurs revenus progresser sur la période.
Cette évolution intervient après plusieurs années particulièrement difficiles pour le commerce, marquées par une activité en recul dans de nombreux secteurs, des charges toujours élevées et des coûts salariaux en progression. Les dernières données de l’Insee vont d’ailleurs dans le même sens puisqu’en 2024 le pouvoir d’achat du revenu d’activité des non-salariés classiques du commerce et de l’artisanat commercial restait encore 5,2 % inférieur à son niveau de 2019. « Je travaille autant, voire davantage qu’il y a quelques années, mais je me rémunère moins. Les fournisseurs ont augmenté, le coût du personnel aussi, et les clients font beaucoup plus attention à leurs dépenses. Et c’est sans compter les cotisations sociales sur notre rémunération qui a encore augmenté cette année ! À la fin du mois, il reste forcément moins pour nous », regrette Samir, fleuriste à Lyon.

Les commerçants ne comptent toujours pas leurs heures
La baisse des revenus prend encore davantage de relief lorsqu’on la rapporte au temps consacré à l’activité. 59 % des commerçants interrogés travaillent ainsi plus de 45 heures par semaine, 40 % dépassent les 50 heures et près d’un tiers travaillent plus de 55 heures. Ils sont même 17 % à déclarer plus de 60 heures de travail chaque semaine !
Au regard de cette répartition, le temps de travail moyen peut être estimé autour de 49 heures par semaine. Rapporté à une rémunération mensuelle brute moyenne de 2 700 euros, cela équivaut à environ 12,70 euros brut de l’heure. « Entre l’ouverture, la fermeture, les commandes, la comptabilité et tous les problèmes du quotidien, je dépasse facilement les 55 heures. On ne compte plus vraiment, mais quand on rapporte la rémunération au nombre d’heures, ce n’est clairement pas exceptionnel », raconte Stéphane, restaurateur à Marseille.
D’autant que la journée ne s’arrête pas lorsque le rideau de l’établissement est baissé. Gestion administrative, commandes en ligne, réseaux sociaux, recrutement, préparation des plannings ou échanges avec les fournisseurs occupent encore les professionnels en dehors des horaires d’ouverture. « Le soir, quand la boutique ferme, il reste encore les mails, les commandes, les publications à faire sur les réseaux sociaux ou encore la gestion du site web. C’est du temps de travail que les clients ne voient pas, mais qui représente plusieurs heures supplémentaires dans la semaine », confirme Émilie, gérante d’une boutique de décoration / art de la table, à Lille.

Des commerçants très prudents pour les prochains mois
Dans le contexte économique actuel, avec une nouvelle baisse de l’activité observée lors de la saison estivale 2026, une majorité de commerçants sont plutôt prudents quant à l’évolution de leurs revenus d’ici les prochains mois. Et seulement une minorité se veut optimiste (voir graphique ci-dessous). « Entre la hausse des charges, les prix des matières premières et maintenant le carburant qui reste très élevé, on sent que les clients font encore plus attention à leurs déplacements et à leurs dépenses. Dans ces conditions, c’est difficile de se projeter sereinement sur les prochains mois », témoigne Pascal, gérant d’une brasserie à Clermont-Ferrand.

Mais la hausse du coût de la vie n’est pas la seule source d’inquiétude pour les commerçants. La baisse de fréquentation dans les centres-villes, couplée à l’essor croissant du e-commerce ou encore de la seconde main, remettent en question les manières de travailler de nombre de professionnels. « Il y a encore quelques années, j’avais le sentiment qu’il était plus simple de faire tourner un commerce. Aujourd’hui, entre la concurrence d’Internet, la seconde main et des habitudes de consommation qui changent très vite, il faut sans cesse s’adapter. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est aussi ça être entrepreneur, il faut avancer avec son marché plutôt que subir », conclut Thomas, libraire à Rennes.
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S’adapter, se réinventer, mais aussi faire preuve de résilience dans les moments économiques difficiles, comme celui que traverse le pays depuis plusieurs années. En espérant des jours meilleurs dans les prochains mois, et un revenu en hausse pour les commerçants.
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Enquête réalisée par la rédaction de lechommerces.fr, réalisée du 2 au 29 septembre 2026 auprès de 4 864 professionnels du commerce, tous secteurs d’activité confondus.
Source complémentaire : Insee Première, n° 2114, juin 2026.
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