Le maire peut-il refuser l’ouverture d’un commerce dans sa commune ?

L’ouverture d’un nouveau commerce peut parfois susciter des tensions au niveau local. Mais un maire ne peut pas s’opposer à l’installation d’une enseigne sur son territoire sans motif légal précis. Entre liberté du commerce, règles d’urbanisme, sécurité et ordre public, ses marges de manœuvre sont strictement encadrées.

un maire peut il refuser l'ouverture d'un commerce
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Jusqu’où un maire peut-il intervenir lorsqu’un commerce qu’il désapprouve s’installe dans sa commune ? La question revient régulièrement dans le débat local, entre volonté de préserver l’équilibre d’un centre-ville, inquiétudes des riverains et liberté d’entreprendre.

Cette interrogation a ressurgi récemment à Saint-Ouen, où l’ouverture d’un restaurant Master Poulet a déclenché un bras de fer entre l’enseigne et la municipalité. La mairie reprochait notamment au commerce d’avoir ouvert sans autorisation préalable et contestait certains aménagements réalisés aux abords de l’établissement, sur le domaine public. Le maire critiquait également l’arrivée d’une enseigne de restauration rapide, qu’il associait à la “malbouffe” et qu’il jugeait peu compatible avec le modèle de centre-ville défendu par la municipalité.

Le conflit est allé jusqu’à l’installation de blocs de béton devant le point de vente, avant que le tribunal administratif de Montreuil n’ordonne leur retrait. Une décision qui rappelle qu’une mairie ne peut pas empêcher l’activité d’un commerce sans s’appuyer sur un cadre juridique précis.

Un maire ne peut pas refuser un commerce par principe

En France, la liberté du commerce et de l’industrie reste le principe. Elle trouve notamment son origine dans la loi des 2 et 17 mars 1791, dite décret d’Allarde, dont l’article 7 prévoit qu’« il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouvera bon », à condition de respecter les règles applicables.

Concrètement, une commune ne peut donc pas choisir librement les activités qui ont le droit ou non de s’installer sur son territoire. Un maire ne peut pas refuser l’ouverture d’une boulangerie, d’un salon de coiffure, d’une épicerie ou d’un restaurant simplement parce qu’il estime que ce commerce n’est pas souhaitable, qu’il ne correspond pas à l’image qu’il veut donner de son centre-ville ou qu’il existe déjà des établissements similaires à proximité.

Cette règle vaut également lorsqu’un nouveau commerce risque de concurrencer des professionnels déjà installés. La protection d’un commerçant existant contre l’arrivée d’un concurrent ne constitue pas, en elle-même, un motif légal de refus. Autrement dit, une mairie ne peut pas s’opposer à une ouverture pour préserver une activité déjà en place ou orienter librement la nature des commerces présents dans la commune.

Des refus possibles, mais seulement dans un cadre précis

Cette liberté d’installation ne signifie pas pour autant qu’un commerce peut ouvrir sans respecter aucune règle. Le maire peut intervenir dans plusieurs situations, mais uniquement lorsqu’il agit dans le cadre de ses compétences. Le premier levier concerne souvent l’urbanisme. À travers le plan local d’urbanisme, une commune peut fixer des règles différentes selon les secteurs, encadrer certains usages ou limiter les changements de destination d’un local commercial.

Ce cadre reste toutefois strict. La règle doit être générale, justifiée par un objectif d’aménagement et applicable à tous les projets placés dans la même situation. Une commune peut donc organiser l’implantation commerciale sur son territoire, mais elle ne peut pas utiliser l’urbanisme comme un moyen détourné de choisir les enseignes qu’elle accepte ou qu’elle refuse. Un refus ciblé contre un commerce précis, sans base solide dans le PLU, serait donc très contestable.

La sécurité et l’accessibilité peuvent aussi justifier une opposition. Lorsqu’un commerce reçoit du public, il doit respecter les règles applicables aux établissements recevant du public, notamment en matière d’évacuation, de sécurité incendie et d’accessibilité aux personnes handicapées. Si des manquements importants sont constatés, ou si la commission compétente rend un avis défavorable, le maire peut refuser l’ouverture ou prendre un arrêté de fermeture. Là encore, la décision ne peut pas reposer sur une simple appréciation politique ou commerciale. Elle doit être motivée par des éléments concrets : un risque pour les clients, une non-conformité du bâtiment, un défaut d’accessibilité ou des travaux réalisés sans autorisation.

Le maire peut également intervenir lorsque l’activité d’un commerce provoque des troubles à l’ordre public, comme des nuisances sonores répétées, des attroupements, des difficultés de circulation, des plaintes de riverains ou des risques pour la salubrité publique. Dans ce cas, la mesure ne vise pas à interdire le commerce en tant que tel, mais à encadrer son fonctionnement. Par exemple, plusieurs grandes villes ont récemment pris des arrêtés visant les commerces de nuit, notamment pour interdire l’ouverture de certaines épiceries entre 22 heures et 6 heures, en raison de troubles de voisinage et d’enjeux d’ordre public.

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Une mesure doit toujours rester proportionnée

Toute la difficulté se joue donc dans la frontière entre contrôle légal et opposition de principe. Une mairie peut demander la régularisation d’un aménagement, vérifier la conformité d’un local ou encadrer des horaires lorsqu’il existe des troubles. Mais elle ne peut pas utiliser ces leviers pour empêcher, de fait, l’ouverture d’un commerce qu’elle ne souhaite pas voir s’installer.

C’est ce que rappelle l’affaire Master Poulet. À Saint-Ouen, le débat ne portait pas seulement sur des questions administratives. Il s’inscrivait aussi dans une opposition plus large au type de restauration proposé par l’enseigne. Mais juridiquement, cet argument ne suffit pas à empêcher l’ouverture d’un commerce. Dans ce dossier, le juge a surtout retenu que l’installation de blocs de béton devant le point de vente empêchait son exploitation. La mesure dépassait donc le simple contrôle municipal et revenait, dans les faits, à bloquer l’activité du commerce.

Pour un commerçant, l’enjeu est alors de regarder ce qui motive réellement la décision de la commune. Si la mairie invoque une règle d’urbanisme, un problème de sécurité ou des troubles à l’ordre public, encore faut-il que ces motifs soient précis et documentés. À défaut, l’opposition peut être contestée, notamment lorsqu’elle revient à bloquer l’activité sans décision formelle suffisamment fondée.

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