Hausse record des faillites en 2025, le commerce résiste toujours
L’année 2025 s’est conclue sur des seuils de défaillances encore record. Néanmoins, tous les secteurs n’ont pas été impactés de la même manière. Les activités liées au commerce ont plutôt bien résisté dans l’ensemble, tandis que la restauration est toujours en difficulté. Explications et analyse détaillée par régions.

19 024. C’est le nombre de procédures collectives qui ont été ouvertes au quatrième trimestre 2025, un record historique pour un quatrième trimestre… Le pic des 70 000 défaillances (sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires) a ainsi été quasi atteint, un niveau là aussi record.
« L’économie française a évolué en 2025 dans un cadre paradoxal mêlant à la fois une inflation maîtrisée et une croissance atone avec des finances publiques sous tension dans un contexte géopolitique compliqué. Ce cocktail a créé un climat d’incertitude fort pour les entreprises et notamment des PME déjà éprouvées par la hausse des coûts logistiques et énergétiques L’année se conclut donc sur 70 000 défaillances d’entreprises, un niveau historique qui, au-delà d’une conjoncture difficile, peut questionner sur les faiblesses financières (capitaux insuffisants), logistiques (Supply Chain peu résiliente) ou structurelles (numérisation incomplète) de l’écosystème entrepreneurial français », analyse Thierry Millon, directeur des études chez Altares.
Pour autant, toutes les entreprises, en fonction de leur taille et de leur secteur d’activité, ne sont pas impactées de la même manière. Les entreprises du commerce notamment font preuve de davantage de résilience dans l’ensemble. De même, des différences notables apparaissent entre les secteurs et les régions. D’où l’importance d’analyser les différents chiffres publiés par Altares dans le détail.
Les petites entreprises en première ligne
Première tendance dégagée par le cabinet Altares, les microentreprises de moins de 3 salariés constituent toujours l’essentiel des défauts. « 14 162 structures ont fait l’objet d’une procédure collective en fin d’année, soit + 5 % par rapport au T4 2024. Sur l’ensemble de l’année, on enregistre une hausse de 4 % (51 281 entreprises) », précise Altares.
Le bilan est plus engageant du côté des entreprises de 3 à 99 salariés. 4 800 défaillances ont été enregistrées au cours du 4e trimestre, en recul de 7 % par rapport au même trimestre 2024. « Sur l’ensemble de l’année 2025, la hausse globale est de 1 % sur ces structures, avec 18 440 jugements », détaille Altares.
En revanche, la situation des PME-ETI d’au moins 100 salariés continue de se dégrader. Le nombre de défaillances augmente fortement par rapport à la moyenne nationale. Au T4, pas moins de 58 PME-ETI d’au moins 100 salariés ont fait défaut. Dans ces conditions, le nombre d’emplois menacés dépasse 267 000 en 2025 et 68 000 sur le 4e trimestre. « Un point positif à retenir malgré tout : ces PME-ETI anticipent davantage leurs difficultés et 90 % d’entre elles parviennent à éviter la liquidation. Elles bénéficient ainsi d’une poursuite d’activité à la faveur d’un redressement (75 %) ou d’une sauvegarde (14 %) », explique Altares. Sur l’année, on recense tout de même pas moins de 236 défauts d’entreprises de plus de 100 salariés, soit une hausse de 18,6 % !
Évolution du nombre de défaillances d’entreprises en France sur 20 ans

Le commerce fait de la résistance
Déjà moins impactées par la vague de faillites de 2024, les entreprises du secteur du commerce continuent d’afficher une certaine solidité, avec des chiffres dans l’ensemble meilleurs que la moyenne nationale. Et ce malgré un contexte économique toujours morose.
Les commerces de bouche notamment, en première ligne face à la flambée des prix des matières premières agricoles et de l’énergie, résistent particulièrement bien. Les défaillances sont ainsi en baisse de 4,80 % en 2025 dans le commerce de détail alimentaire (252 défaillances), et même de 10 % (1 037 défaillances) pour les magasins multi-rayons (épiceries, superettes, supermarchés). Le commerce du bricolage et équipement du foyer bascule également légèrement dans le vert (-8,40 % ; 1 084 défaillances) loin de l’envolée des défauts enregistrés un an plus tôt. A noter aussi la bonne performance du secteur de l’habillement, qui voit son nombre de défaillances diminuer de 6 % sur l’année (1 134 défaillances).
Du côté des secteurs davantage en difficulté, les activités de soin à la personne & optique basculent dans le rouge (+4 % ; 541 défaillances). Le commerce et la réparation véhicules restent également fragiles (+7,60 % ; 2 923 défaillances). Le sport & loisirs, pourtant plutôt épargné ces dernières années, a aussi connu une période compliquée en 2025, avec une hausse de 13,70 % de ses défauts (506 défaillances).
La restauration toujours en difficulté
De même, les chiffres restent préoccupants dans la restauration, avec un chiffre d’affaires qui globalement ne cesse de reculer depuis maintenant plus d’un an, et dans un contexte économique toujours morose pour ces acteurs. Dans le détail, les défaillances d’entreprises augmentent de 9,20 % en 2025 dans la restauration (7 715 défaillances), après une année 2024 déjà très difficile. Les débits de boissons connaissent également des difficultés importantes (+6,20 % ; 1 276 défaillances), qui là aussi persistent depuis plusieurs années. L’hébergement de son côté résiste mieux, notamment depuis le retour en masse de la clientèle touristique internationale, et bascule même légèrement dans le vert (-0,70 % ; 443 défaillances).
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Des régions plus touchées que d’autres
Si des disparités importantes s’observent sur le plan sectoriel, il en est de même au niveau territorial, avec notamment trois régions qui enregistrent de fortes augmentations des défaillances. Les Pays de la Loire connaissent la hausse la plus prononcée, avec près de 3 300 entreprises qui ont ouverte une procédure collective, suivis par la Corse (+14,40 % ; 477 défaillances) et la région Nouvelle-Aquitaine (+9,50 % ; 6 761 défaillances).
A l’inverse certaines régions sont beaucoup mieux orientées. C’est le cas de la Normandie (+0,10 % ; 2832 défaillances), du Grand Est (+0,70 % ; 4 539 défaillances) ou encore de l’Ile-de-France, qui limite également la hausse (+1,80 % ; 16 441 défaillances). A noter également la très bonne performance de la région Sud Provence-Alpes-Côte-d’Azur, seul territoire qui a vu son nombre de défaillances diminuer en 2025 (-6,40 % ; 6 426 défaillances). Pour autant, comme le souligne Altares, même en région PACA « le niveau des défaillances demeure élevé » en volume. Preuve en est que toutes les régions sont impactées dans l’ensemble par cette hausse des défaillances.
Carte d’évolution des défaillances par région en 2025/ 2024

Quelles perspectives pour 2026 ?
A ce stade, difficile de faire des prévisions exactes, tant le niveau d’activité économique est soumis à de nombreux aléas conjoncturels (politique, social, international…). Cependant le cabinet Altares veut faire preuve d’un certain optimisme : « La trajectoire a commencé à s’inverser sur les comportements de paiement qui s’améliorent modestement sur le dernier trimestre. Dans le même temps, la hausse des ouvertures de procédures collectives ralentit sensiblement depuis plusieurs mois portant l’espoir d’un léger repli en 2026. Cependant, malgré le regain de croissance attendu, fragilités économiques et contraintes règlementaires demeurent. Les perturbations logistiques persistent pesant sur les délais d’approvisionnement et les besoins en fonds de roulement. Les entreprises devront donc redoubler d’audace et conjuguer prudence financière et anticipation stratégique pour rester compétitives », conclut Thierry Millon. Reste à espérer que cet optimisme mesuré se confirme dans les faits, et se traduise durablement dans l’activité des entreprises en 2026.
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