Faut-il autoriser les commerces à ouvrir tous les dimanches jusqu’à la fin de l’année ?
Pour compenser les pertes d’activité liées aux manifestations du samedi, l’Union des entreprises de proximité et l’Alliance du commerce demandent au gouvernement d’autoriser exceptionnellement les commerces à ouvrir le dimanche jusqu’à la fin de l’année. Mais cette mesure serait-elle réellement avantageuse pour tous les commerçants, notamment les indépendants ?

Faut-il autoriser exceptionnellement les commerces à ouvrir tous les dimanches jusqu’à la fin de l’année 2026 ? C’est la proposition défendue par Michel Picon, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), lors de sa rencontre avec le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, le 26 octobre. L’objectif est de permettre aux commerçants de compenser une partie des pertes de chiffre d’affaires liées aux manifestations des derniers samedis, et alors même que de nouvelles mobilisations sont annoncées pour les semaines à venir.
Une demande également soutenue par l’Alliance du commerce, qui représente les grandes enseignes de l’habillement et de la chaussure. « Nous demandons au gouvernement de publier une circulaire pour dire aux préfets de prendre, en urgence, des autorisations exceptionnelles d’ouverture dominicale », a abondé Yohann Petiot, directeur général de l’organisation, mercredi 28 octobre, au micro de franceinfo.
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Ce que changerait concrètement cette autorisation
Aujourd’hui, l’ouverture des commerces le dimanche reste encore encadrée par la réglementation. Si un commerçant peut généralement ouvrir seul son établissement, faire travailler des salariés nécessite de respecter certaines conditions ou de bénéficier d’une dérogation. Les maires peuvent notamment autoriser jusqu’à douze dimanches d’ouverture par an, avec des salariés volontaires, une rémunération au moins doublée et un repos compensateur. Des dérogations existent également dans certaines zones touristiques et commerciales, tandis que les commerces alimentaires peuvent généralement ouvrir le dimanche jusqu’à 13 heures. Les préfets peuvent aussi accorder des autorisations particulières, sous certaines conditions.
La demande des organisations professionnelles vise donc à faciliter temporairement ces ouvertures, notamment en permettant aux préfets d’accorder rapidement des dérogations exceptionnelles aux commerces volontaires. Mais aucune décision générale n’a encore été annoncée par le gouvernement. En cas d’accord, il faudrait préciser les dates et les commerces concernés, mais aussi les conditions applicables aux salariés, notamment concernant leur volontariat, les majorations de rémunération et les repos compensateurs.
Les enjeux de l’ouverture dominicale pour les commerçants
Autre problématique, celle du coût et de l’organisation des ouvertures dominicales, particulièrement pour les commerçants indépendants. Mobiliser des salariés le dimanche entraîne nécessairement des dépenses supplémentaires, notamment en raison des majorations de rémunération prévues par la loi. Il faut également tenir compte de la disponibilité des salariés et de leur volonté de travailler ces jours-là. À cela s’ajoutent les frais de fonctionnement du magasin, sans garantie de réaliser suffisamment de ventes pour rentabiliser cette journée.
Se pose également la question du rythme de travail des commerçants eux-mêmes. Aujourd’hui, les commerçants indépendants travaillent en moyenne 49 heures par semaine, soit bien au-delà des 35 heures qui constituent la durée légale hebdomadaire du travail pour les salariés. Ils sont même 40 % à dépasser les 50 heures hebdomadaires, et 17 % à travailler plus de 60 heures par semaine ! Ouvrir le dimanche signifie donc devoir travailler une journée supplémentaire, au détriment du repos et du temps passé en famille. Et même si cette possibilité d’ouverture reste facultative et limitée à la fin de l’année, la pression de la concurrence pourrait pousser certains commerçants à suivre le mouvement, pour ne pas risquer de perdre des ventes au profit de leurs concurrents.
Une mesure qui devra faire ses preuves
Reste désormais à savoir si le gouvernement donnera une suite favorable à cette demande de généralisation temporaire de l’ouverture dominicale, alors que les prochaines semaines seront décisives pour l’activité des commerçants. Une autorisation exceptionnelle permettrait aux professionnels qui le souhaitent d’ouvrir davantage, mais son efficacité dépendra aussi de la fréquentation des magasins et de la capacité des professionnels à s’organiser.
Car au-delà de la possibilité d’ouvrir, une autre interrogation demeure. Les consommateurs profiteront-ils réellement de ces dimanches supplémentaires pour augmenter leurs achats, ou se contenteront-ils de reporter des dépenses qu’ils auraient effectuées un autre jour ? Plus largement, cette proposition soulève une autre question de fond. Quand les commerçants pourront-ils à nouveau travailler normalement le samedi, sans avoir à chercher des solutions pour compenser les pertes subies ? Car si l’ouverture dominicale peut représenter une opportunité de compenser en partie la baisse de chiffre d’affaires, elle ne remplace pas des conditions normales d’activité le samedi.
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