Manifestations à répétition : les commerçants redoutent une fin d’année sacrifiée

Après deux week-ends de manifestations marqués par des violences et de fortes perturbations commerciales, l’inquiétude grandit chez les professionnels. Alors que des centaines de boutiques restent fermées et que de nouvelles mobilisations sont annoncées, la période cruciale des fêtes de fin d’année pourrait être lourdement pénalisée.

salon fin d'année
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À peine remis des violences et des pillages du 17 octobre, les commerçants ont dû affronter, samedi dernier, le 24 octobre, une nouvelle journée de mobilisation. Et si cette fois, la journée s’est déroulée dans un climat globalement plus calme, l’activité commerciale a, en revanche, été fortement perturbée dans de nombreux centres-villes. Entre les fermetures préventives, les restrictions de circulation, les difficultés d’accès aux magasins et les clients qui préfèrent éviter les secteurs concernés, de nombreux professionnels ont subi une nouvelle journée de ventes particulièrement difficile. Une situation qui montre que, même en l’absence de violences majeures, la répétition des manifestations a des conséquences économiques considérables pour les commerces de proximité.

La situation est d’autant plus préoccupante que le mouvement social semble désormais s’inscrire dans la durée. De nouvelles manifestations sont annoncées pour les prochains week-ends, avant une journée nationale de grèves et de mobilisations le 5 novembre. Un calendrier particulièrement préoccupant pour les commerces de proximité, qui abordent une période déterminante pour leur chiffre d’affaires annuel.

Une activité commerciale en chute libre, même sans violences majeures

L’ampleur des pertes commerciales enregistrées samedi dernier est particulièrement préoccupante. Alain Di Crescenzo, président de CCI France, a évoqué ce lundi 26 octobre une baisse d’activité d’environ 80 %, de nombreux commerçants ayant préféré garder leurs établissements fermés par précaution. Et ceux qui ont décidé d’ouvrir n’ont pas nécessairement été épargnés. Que ce soit à Paris, Toulouse, Bordeaux, Lille ou Nice, les commerces de centre-ville ont subi les répercussions des mobilisations, avec une fréquentation en baisse et des journées de ventes particulièrement difficiles. Un phénomène qui touche aussi bien les grandes enseignes que les commerces indépendants, et qui risque de s’aggraver si les manifestations continuent de se succéder chaque week-end.

Pour les commerçants, ces pertes de chiffre d’affaires sont d’autant plus pénalisantes qu’elles ne donnent généralement lieu à aucune indemnisation lorsqu’ils ferment volontairement leur établissement. Et contrairement à certaines dépenses reportables, les ventes perdues lors d’un samedi de forte affluence ne sont pas nécessairement récupérées les jours suivants. CCI France estime ainsi que chaque week-end de perturbations pourrait représenter une perte équivalente à près de 2 % du chiffre d’affaires annuel des commerçants concernés. Une estimation qui souligne les inquiétudes du réseau consulaire face à la répétition des mobilisations.

630 commerces toujours fermés après les violences du 17 octobre

Ces nouvelles perturbations viennent également compliquer la situation des commerçants directement touchés par les violences du 17 octobre. Selon les derniers chiffres communiqués par CCI France, 2 201 établissements ont été endommagés lors de la première journée de mobilisation et 630 sont encore fermés à l’heure actuelle. Malgré un bilan bien moins lourd samedi dernier, le ministère de l’Intérieur a également recensé 24 commerces pillés le 24 octobre, tandis que CCI France fait état d’une cinquantaine d’établissements ayant subi des dégradations. Pour les professionnels concernés, la reprise d’activité reste donc particulièrement difficile, entre les réparations à effectuer, les stocks à reconstituer et les démarches d’indemnisation à engager.

Mais au-delà des dégâts matériels, c’est désormais la perspective de nouvelles mobilisations qui inquiète. Certains commerçants hésitent à engager des travaux coûteux ou à reconstituer entièrement leurs stocks tant que le risque de nouveaux débordements persiste. « Il faut se poser la question parce que s’il y a des manifestations tous les week-ends, il est inimaginable qu’un commerçant répare son magasin pour être cassé la semaine d’après », a ainsi expliqué Alain Di Crescenzo, président de CCI France, au micro de Radio Classique. Une incertitude particulièrement problématique à l’approche des fêtes de fin d’année, lorsque les professionnels doivent justement préparer leurs commandes et leurs approvisionnements pour répondre à la demande.

À l’approche des fêtes, CCI France réclame une pause des manifestations

Cette succession de journées perturbées est en effet d’autant plus problématique qu’elle intervient à une période particulièrement importante pour les commerçants. Les mois de novembre et décembre concentrent traditionnellement une part essentielle de l’activité dans de nombreux secteurs, que ce soit dans l’alimentaire, l’habillement, les jouets, les cadeaux ou encore l’équipement de la maison. Alain Di Crescenzo rappelle ainsi que cette période peut représenter jusqu’à 40 % du chiffre d’affaires annuel de certains commerçants. Dans ce contexte, la perspective de nouvelles manifestations les 31 octobre et 5 novembre, puis éventuellement au cours des semaines suivantes, suscite de fortes inquiétudes. D’autant que de nombreux établissements abordent déjà cette fin d’année avec une trésorerie fragilisée par les difficultés économiques et les pertes d’activité accumulées ces derniers mois.

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Face à cette situation, le président de CCI France a lancé ce lundi un nouvel appel à une pause des manifestations pendant cette période décisive. « On a des commerçants qui sont fatigués, qui sont dépités, et on est en train de tuer le commerce de proximité », a-t-il déploré. Pour permettre aux professionnels de travailler dans de meilleures conditions, Alain Di Crescenzo évoque notamment des changements de parcours des cortèges, voire des interdictions dans certaines zones. Mais cet appel sera-t-il entendu ?

Rien n’est moins sûr, tant la colère sociale reste vive et les appels à manifester se multiplient. Pour l’heure, aucune véritable perspective d’apaisement ne semble se dessiner, laissant les commerçants dans l’incertitude quant au déroulement des prochaines semaines. Après une année déjà éprouvante pour le commerce de proximité, la crainte est désormais de voir cette période essentielle compromise par la poursuite des mobilisations.

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