Commerçants et artisans ruraux : des acteurs essentiels, mais encore trop peu écoutés

Très ancrés dans leur territoire, les dirigeants de petites entreprises rurales contribuent largement à la vie économique et sociale locale. Une étude de l’Institut Terram montre pourtant qu’ils restent souvent isolés et attendent surtout davantage de dialogue avec les pouvoirs publics.

commerçants et artisans ruraux
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Dans les petites villes et les territoires ruraux, un commerce ou une entreprise artisanale ne se résume pas aux emplois qu’il crée ou au chiffre d’affaires qu’il génère. Il participe aussi à l’animation du bourg, soutient les associations, accueille des apprentis, rend des services aux habitants et contribue, parfois très directement, à maintenir une vie locale. C’est cette dimension moins visible du rôle des très petites entreprises que met en lumière une étude publiée en juillet 2026 par l’Institut Terram, un groupe de réflexion indépendant spécialisé dans les enjeux territoriaux. Pour la réaliser, 893 dirigeants de TPE de 1 à 9 salariés ont répondu à un questionnaire détaillé, complété par dix-neuf entretiens menés auprès de chefs d’entreprise et d’élus locaux.

L’étude dessine ainsi le portrait de dirigeants profondément attachés à leur territoire, mais confrontés à des difficultés bien concrètes : recrutement, étroitesse du marché local, concurrence des grandes enseignes de périphérie, isolement ou encore complexité administrative. Elle fait surtout ressortir un paradoxe. Alors que commerçants et artisans jouent souvent un rôle central dans leur commune, beaucoup ont le sentiment que leurs préoccupations restent insuffisamment prises en compte par les acteurs publics.

La ruralité reste largement perçue comme une force

Les dirigeants interrogés portent dans l’ensemble un regard positif sur leur implantation en zone rurale. Pour 43 % d’entre eux, exercer dans un territoire rural constitue une force. Près de la moitié (48 %) y voient à la fois des avantages et des contraintes, tandis que seulement 9 % considèrent cette implantation comme une faiblesse. La proximité avec les habitants, la qualité des relations humaines, la confiance et une concurrence entre commerçants parfois moins forte font partie des principaux atouts cités par les professionnels. Pour beaucoup, cette implantation est aussi profondément liée à leur histoire personnelle. 43 % des dirigeants interrogés ont grandi sur place sans jamais quitter leur territoire et 21 % y sont revenus après une période passée ailleurs. Deux tiers des artisans et commerçants résident par ailleurs dans la commune où se trouve leur entreprise. Comme le résume l’un des témoignages recueillis, « quand vous êtes en zone rurale, vous êtes de quelque part. »

Cet attachement ne fait toutefois pas disparaître les difficultés économiques. Le recrutement et la fidélisation des salariés constituent le premier frein au développement pour 57 % des dirigeants. Ces derniers évoquent notamment le manque de compétences disponibles localement, tandis que l’éloignement domicile-travail, l’attractivité du territoire ou les difficultés de logement peuvent également compliquer les embauches. À cela s’ajoutent un marché local parfois trop étroit, l’éloignement de certains fournisseurs ou services, ainsi que la concurrence des grandes surfaces de périphérie et du commerce en ligne. Ces difficultés se retrouvent dans la perception qu’ont les dirigeants de la situation économique de leur territoire, puisque 47 % estiment que l’activité locale stagne. Un constat d’autant plus préoccupant que, dans les communes rurales, la disparition d’un commerce ou d’une entreprise peut rapidement fragiliser l’ensemble de la vie économique locale.

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Des entreprises qui font aussi vivre leur territoire

Autre enseignement important de l’étude, les commerçants et artisans ruraux ne participent pas seulement à l’activité économique de leur commune. Leur engagement s’étend aussi largement à la vie locale. Près de trois dirigeants sur quatre, 73 %, affirment ainsi embaucher régulièrement des stagiaires ou des apprentis et 71 % soutiennent des associations locales. Viennent ensuite l’engagement dans les circuits courts ou l’économie circulaire, cité par 29 % des répondants, puis la participation à des événements destinés à promouvoir la vie économique locale. Dans des communes où les acteurs économiques, associatifs et habitants se connaissent souvent personnellement, ces initiatives contribuent directement à maintenir du lien et de l’activité sur le territoire.

Avec les élus, une relation globalement bonne mais encore trop distante

Cette forte implication dans la vie locale ne se traduit toutefois pas toujours par des relations étroites avec les pouvoirs publics. Les dirigeants entretiennent généralement de bonnes relations avec les habitants et les autres entreprises de leur territoire, mais le lien avec les élus apparaît plus contrasté. 72 % se déclarent satisfaits de l’action de leur maire, tandis que 55 % considèrent dans le même temps que leurs préoccupations ne sont pas suffisamment prises en compte. Une autre donnée illustre cette distance : 61 % des dirigeants de TPE n’entretiennent aucune relation avec un organisme public chargé du développement économique de leur territoire, contre 38 % des dirigeants de PME de 10 à 50 salariés.

Lorsqu’ils échangent avec les acteurs publics, les dirigeants se tournent d’abord vers les interlocuteurs les plus proches du terrain. Les maires sont cités par 27 % d’entre eux, juste devant les intercommunalités à 26 %, les chambres de commerce et d’industrie à 24 %, les Régions à 21 % et l’État ou ses opérateurs à 20 %. Malgré cela, 36 % estiment ne bénéficier d’aucun accompagnement notable des pouvoirs publics. Les témoignages recueillis montrent surtout que beaucoup ne demandent pas nécessairement davantage de subventions. Ils souhaitent être informés plus tôt des projets d’aménagement, disposer d’un interlocuteur clairement identifié et pouvoir échanger régulièrement sur les problématiques rencontrées. L’étude rappelle aussi que le manque de dialogue fonctionne dans les deux sens, plusieurs élus expliquant avoir eux-mêmes des difficultés à mobiliser des dirigeants absorbés par leur activité.

Moins d’aides, mais davantage de stabilité et de simplicité

Les attentes exprimées envers les pouvoirs publics dépassent toutefois largement la seule relation avec les élus locaux. L’étude fait aussi ressortir une demande forte de stabilité réglementaire, de simplification administrative et de meilleure lisibilité des dispositifs existants. Ce qui ressort des témoignages n’est pas tant un rejet du principe de réglementation qu’une fatigue liée à la succession des règles et au temps nécessaire pour les intégrer. Et ce, d’autant plus que les petites communes ne disposent pas toujours d’un service consacré au développement économique. Les intercommunalités peuvent théoriquement jouer ce rôle, mais elles sont parfois perçues comme trop éloignées du quotidien des dirigeants, notamment lorsque l’activité économique se concentre dans la commune principale.

Face à ce constat, l’Institut Terram avance plusieurs pistes. Il propose notamment d’identifier plus clairement un point de contact pour les entreprises dans les communes, de mieux les associer aux décisions concernant l’urbanisme ou l’aménagement, de créer des conseils locaux d’entreprises à l’échelle intercommunale et de renforcer la présence des réseaux consulaires ou professionnels dans les zones les moins denses. L’enjeu n’est donc pas seulement de créer de nouveaux dispositifs, mais aussi de rendre ceux qui existent plus accessibles et plus proches du terrain.

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Une proximité forte qui ne suffit pas toujours à créer du collectif

Enfin, l’étude s’intéresse aux relations que les commerçants et artisans entretiennent entre eux. Et sur ce point, la proximité géographique ne se traduit pas forcément par une coopération plus forte. 64 % des dirigeants jugent ainsi la culture partenariale entre entreprises seulement « modérée », tandis que 20 % la considèrent très limitée. 43 % déclarent ne participer à aucune action de coopération. Les partenariats structurés, le partage de ressources ou les projets communs restent donc minoritaires. Seul un quart des commerçants appartient, par exemple, à une association de commerçants et 15 % des dirigeants d’entreprises de proximité sont membres d’un club d’entreprises. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, notamment le manque de temps, la concurrence entre professionnels, la volonté de préserver son indépendance ou encore l’absence de structures capables d’animer durablement ces réseaux.

Pourtant, lorsqu’ils existent, ces collectifs peuvent répondre à plusieurs difficultés mises en évidence par l’étude. Ils facilitent l’échange d’informations, le partage d’expériences, l’entraide entre dirigeants, la transmission d’entreprises ou encore le dialogue avec les collectivités. Ils peuvent également contribuer à rompre un isolement qui reste bien réel puisque 34 % des dirigeants interrogés déclarent se sentir isolés, contre seulement 18 % qui se considèrent véritablement entourés. L’enjeu consiste donc moins à créer une proximité qui existe déjà qu’à mieux l’organiser et à donner aux commerçants et artisans davantage d’occasions de travailler ensemble. À l’approche d’un nouveau cycle municipal, cette reconnaissance du rôle des TPE pourrait bien devenir l’un des enjeux majeurs des politiques de revitalisation des petites villes et des territoires ruraux.

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