Une vague de faillites s’annonce dans le commerce

Restaurateurs, libraires, détaillants de mode, agences immobilières… Tous tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme sur un risque important de faillites dans les prochaines semaines.

« Je suis en train de perdre ma boite, la rage et la peur au ventre ». Un appel au secours parmi les nombreux autres, malheureusement, que nous recevons chaque jour depuis un mois à la rédaction de l’echommerces. La promesse d’Emmanuel Macron au premier soir de l’annonce du confinement, à savoir « qu’aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite », ne sera donc pas tenue. C’est désormais une certitude, et cela l’était d’ailleurs avant même que le Président de la République annonce le 13 avril la prolongation du confinement pour une durée supplémentaire de quatre semaines. Dès le 9 avril déjà, la société Infolégale, spécialisée dans l’évaluation des risques de solvabilité, publiait ses premières analyses basées sur les procédures collectives enregistrées par les tribunaux de commerce entre le 1er et le 3 avril. Ainsi, pour la période concernée, « 68 % des entreprises en défaillance relèvent des secteurs fortement impactés par les mesures liées à la crise sanitaire », et notamment le commerce de détail (23 %), le BTP (20 %), les bars-restaurants (12 %), ou encore les coiffeurs (6 %). Dans cet ensemble, ce sont sans surprise les petites entités qui sont les plus touchées : « 23 % des défaillances sont celles d’entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 100 000 €, 28 % entre 100 000 et 500 000 € », indique Infolégale.

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« Nous allons assister à une première vague importante de défaillances à la fin avril… »

Au-delà des chiffres actuels, les prévisions d’Infolégale laissent présager le pire pour les semaines à venir : « le processus va se poursuivre, nous allons assister à une première vague importante de défaillances à la fin avril… », révèle son président, Frédéric Julien. L’assureur-crédit Coface anticipe également une explosion des défaillances d’entreprises, et pas seulement en France. D’après leurs prévisions, elles devraient progresser de 25 % cette année au lieu des 2 % initialement prévus. La plus forte progression serait à mettre au crédit des Etats-Unis (+39 %), devant le Royaume Uni (+33 %) et la France (+15 %). A noter que ces anticipations de Coface datent du 6 avril 2020, et que malheureusement la situation s’est empirée depuis…

Quoi qu’il en soit, les experts de la défaillance d’entreprises sont loin d’être les seuls à tirer la sonnette d’alarme. Dès le 4 avril, Antoine Gallimard, le patron du groupe Madrigall (Gallimard, Flammarion, Casterman…) alertait les pouvoirs publics face au risque « d’une vague de faillites » dans l’édition et les librairies. Quelques jours plus tard, la Fédération Nationale de l’Immobilier (FNAIM) mettait en garde contre « les défaillances répétées sur la chaîne de finalisation des transactions immobilières », qui pourraient conduire à la disparition de près de 3 000 agences, avec plus 20 000 emplois qui seraient menacés. Même son de cloche du côté de l’habillement ou encore dans la restauration, qui pourraient perdre près d’un tiers de ses établissements !

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Plus généralement, ce sont la quasi-totalité des commerçants qui se retrouvent aujourd’hui dans une situation de grande incertitude. Un récent sondage mené par le Conseil du Commerce de France montre ainsi que « 21% d’entre eux pensent à une fermeture définitive et ce chiffre monte à 30 % chez les commerces indépendants ». Des chiffres qui font là encore écho aux milliers de témoignages que nous avons reçus ces dernières semaines à la rédaction. Et, quand Bruno Le Maire assure « je préfère avoir des milliards de dettes que des faillites », Stéphane Deveze, gérante d’un Kid store jouets/prêt-à-porter à Paris, rétorque « vous aurez les deux Monsieur le Ministre, et des suicides aussi, en avez-vous conscience ? ». Preuve en est, une nouvelle fois, que les mesures de soutien aux entreprises sont aujourd’hui loin d’être suffisantes !

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