Les fonds de commerce se vendent moins cher en 2026, mais pas dans tous les secteurs
Le marché de la transmission des fonds de commerce ralentit légèrement au premier semestre 2026, avec un recul du nombre de transactions et des prix de cession. Mais les évolutions sont très contrastées selon les secteurs d’activité.

Le marché de la transmission des fonds de commerce continue d’évoluer dans un contexte économique incertain. Selon le dernier baromètre réalisé par Atometrics et Les Annonces du Commerce, 11 036 transactions ont été enregistrées en France au premier semestre 2026, contre 11 219 au second semestre 2025, soit un recul de 1,6 %. Une baisse relativement limitée, qui traduit davantage une stabilisation de l’activité à un niveau légèrement inférieur qu’un véritable décrochage du marché. Les volumes trimestriels confirment cette tendance, avec 5 522 transactions enregistrées entre janvier et mars, puis 5 514 entre avril et juin.
L’évolution des prix est en revanche un peu plus marquée. Le prix médian de cession d’un fonds de commerce est passé de 110 000 à 105 000 euros en six mois, soit une diminution de 4,5 %. Un recul qui ne concerne toutefois pas tous les secteurs dans les mêmes proportions. Certains enregistrent des baisses importantes, tandis que d’autres parviennent à maintenir, voire à améliorer, leurs niveaux de valorisation. Le baromètre met également en évidence un décalage considérable entre les prix demandés dans les annonces et ceux observés sur les transactions réalisées, soulevant plus largement la question des conditions dans lesquelles les commerçants peuvent aujourd’hui transmettre leur activité.
Des évolutions très différentes selon les secteurs d’activité
Le commerce non alimentaire (habillement, chaussures, décoration, équipement de la maison, etc.) apparaît comme le secteur le plus pénalisé au premier semestre 2026. Le prix médian des fonds de commerce y a chuté de 13,3 % en seulement six mois, passant de 150 000 à 130 000 euros. Une évolution qui s’accompagne également d’une diminution significative du nombre de transactions, en recul de 8,1 %, avec 1 658 cessions enregistrées sur la période. Cette double contraction intervient dans un contexte déjà difficile pour de nombreux commerces spécialisés, confrontés à une consommation prudente, à des charges d’exploitation toujours élevées et à une concurrence accrue. Autant de difficultés susceptibles de peser sur l’attractivité de certaines activités auprès des repreneurs, même si le baromètre ne permet pas de mesurer directement leur influence sur les prix de cession.
Une tendance à la baisse que l’on retrouve également dans le commerce alimentaire (boulangeries, boucheries, épiceries, primeurs, etc.), bien que dans des proportions moins importantes. Le prix médian des fonds cédés est passé de 120 000 à 110 000 euros, soit une diminution de 8,3 % par rapport au second semestre 2025. Le nombre de transactions a quant à lui baissé de 2,8 %, pour atteindre 2 050 cessions. Le secteur représente ainsi 18,6 % de l’ensemble des transactions recensées au premier semestre. Ces résultats témoignent d’un marché toujours actif, mais sur lequel les niveaux de valorisation apparaissent moins élevés qu’au semestre précédent. Une évolution qui mérite néanmoins d’être interprétée avec prudence, puisque les prix médians peuvent aussi varier en fonction de la nature, de la taille et de la localisation des commerces effectivement cédés.
À l’inverse, la restauration, les cafés et les bars présentent une situation sensiblement différente. Avec 5 219 transactions réalisées au premier semestre 2026, le secteur concentre à lui seul 47,3 % des cessions de fonds de commerce enregistrées dans le baromètre. Surtout, le nombre de transactions progresse de 2,4 % par rapport au semestre précédent, tandis que le prix médian se maintient à 110 000 euros. L’hôtellerie et les chambres d’hôtes enregistrent également une évolution positive, avec une hausse de 2,3 % du nombre de transactions, à 403 cessions, et une progression de 13,6 % du prix médian, désormais établi à 230 000 euros.
Un écart considérable entre les prix affichés et les transactions réalisées
Au-delà de l’évolution des prix de cession, le baromètre révèle un autre phénomène particulièrement marquant. Alors que le prix médian des fonds de commerce effectivement cédés s’établit à 105 000 euros au premier semestre 2026, celui des fonds proposés à la vente sur la plateforme Les Annonces du Commerce atteint 220 000 euros. Les prix médians affichés sont donc plus de deux fois supérieurs à ceux des transactions réellement conclues. Un écart considérable, que l’on retrouve dans l’ensemble des secteurs d’activité étudiés, mais avec des différences parfois très importantes.
Dans le détail, les annonces de restaurants, cafés et bars affichent un prix médian de 272 500 euros, contre 110 000 euros pour les transactions réalisées, soit un rapport de 2,5. La différence est encore plus spectaculaire dans l’hôtellerie et les chambres d’hôtes, avec un prix médian affiché de 935 000 euros, contre 230 000 euros pour les cessions, soit un rapport de 4,1. Les écarts sont également significatifs dans le commerce alimentaire, avec 219 056 euros affichés contre 110 000 euros constatés, ainsi que dans le commerce non alimentaire, où les prix atteignent respectivement 218 000 et 130 000 euros.
Ces différences doivent toutefois être interprétées avec précaution. Le baromètre ne compare pas les prix initialement demandés et les prix finalement obtenus pour les mêmes commerces, mais deux ensembles de données distincts. D’un côté, les transactions effectivement conclues, recensées à partir des publications du Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC). De l’autre, les fonds proposés à la vente sur la plateforme Les Annonces du Commerce, qui ne représente pas l’intégralité de l’offre disponible en France. Les caractéristiques des établissements, leur localisation et leur niveau de maturité dans le processus de cession peuvent donc différer. Ces chiffres ne signifient donc pas que les commerçants vendent leur fonds deux fois moins cher que le prix initialement demandé, mais témoignent plutôt d’un décalage important entre les prix du marché affiché et ceux des transactions réalisées.
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Le Pacte Papin pour faciliter la transmission des commerces ?
Ces écarts entre les prix affichés et ceux des transactions réalisées soulèvent une question importante pour les commerçants qui envisagent de céder leur activité. À quel prix pourront-ils réellement vendre leur fonds de commerce, et surtout, trouver un repreneur ? Un enjeu qui devrait prendre de l’ampleur dans les années à venir, alors que près de 500 000 entreprises pourraient être concernées par une transmission au cours des dix prochaines années, selon les estimations des pouvoirs publics, notamment en raison des départs à la retraite de leurs dirigeants.
C’est dans ce contexte que Serge Papin, ministre des PME et du Commerce, a présenté en septembre 2026 son « Pacte Papin », dont plusieurs dispositions figurent désormais dans le projet de loi de finances pour 2027. L’objectif est notamment d’encourager les salariés à reprendre l’entreprise dans laquelle ils travaillent, grâce à plusieurs avantages fiscaux. Le dispositif prévoit ainsi de réduire à 0,1 % les droits d’enregistrement pour certaines reprises par les salariés, mais également de doubler l’abattement fixe sur la plus-value réalisée par le dirigeant qui cède son entreprise à ses salariés au moment de son départ à la retraite. Autre mesure envisagée, la création d’un suramortissement fiscal pour soutenir les investissements réalisés après la reprise, à hauteur de 30 % pour certains investissements des PME et de 60 % pour les TPE éligibles.
Ces dispositions, dont certaines seraient applicables entre 2027 et 2029, doivent encore être examinées par le Parlement. Elles pourraient néanmoins ouvrir de nouvelles perspectives pour les commerçants souhaitant transmettre leur activité, notamment à leurs salariés. Leur portée réelle dépendra toutefois de leur adoption définitive et de la capacité des repreneurs à financer ces opérations, dans un marché où les conditions de cession restent très contrastées selon les secteurs.
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