Le RN veut taxer les entreprises de 1 000 € par salarié étranger
Dans son contre-budget pour 2027, le Rassemblement national propose d’instaurer une taxe annuelle de 1 000 € pour chaque salarié étranger extracommunautaire employé par une entreprise. Une mesure destinée à favoriser l’emploi national, mais qui suscite de vives inquiétudes chez les professionnels, notamment dans les secteurs déjà confrontés à d’importantes difficultés de recrutement.

C’est une proposition qui ne passe pas auprès de nombreuses organisations patronales. Dans son contre-budget présenté le 6 octobre, le Rassemblement national a dévoilé sa volonté d’instaurer une nouvelle taxe sur l’emploi des salariés étrangers. Portée par le député Jean-Philippe Tanguy dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, cette mesure prévoit de faire payer aux employeurs une contribution annuelle de 1 000 € pour chaque salarié ressortissant d’un pays extérieur à l’Union européenne, à l’Espace économique européen et à la Suisse.
Une proposition qui s’inscrit dans la politique de priorité nationale défendue par le RN, mais qui provoque déjà de nombreuses réactions dans le monde économique. L’hôtellerie-restauration, le bâtiment, les services à la personne et la sécurité privée figurent parmi les secteurs particulièrement concernés. Leurs représentants dénoncent une nouvelle charge financière qui viendrait pénaliser des entreprises ayant déjà de grandes difficultés à recruter.
Une taxe annuelle de 1 000 € par salarié étranger extracommunautaire
Concrètement, le dispositif prévoit de faire payer aux employeurs, privés comme publics, une contribution de 1 000 € par an pour chaque salarié extracommunautaire, qu’il s’agisse d’une nouvelle embauche ou d’un salarié déjà en poste. La somme serait calculée à raison de 500 € par semestre, pour chaque salarié concerné présent au premier jour de la période. Seuls les particuliers employeurs, c’est-à-dire les personnes qui emploient directement un salarié à domicile, notamment pour le ménage, la garde d’enfants ou le jardinage, seraient exclus de cette obligation.
Cette contribution viendrait s’ajouter à un dispositif fiscal déjà existant. Aujourd’hui, les entreprises peuvent en effet être soumises à une taxe lors de la première admission au séjour d’un salarié étranger pour travailler en France. Pour un contrat d’au moins douze mois, son montant correspond à 55 % d’un mois de salaire brut, dans la limite du plafond réglementaire. Le projet du RN prévoit néanmoins que cette taxe initiale puisse être déduite de la nouvelle contribution annuelle, sur l’année de l’embauche et éventuellement la suivante, afin d’éviter une double imposition. Selon les estimations de Jean-Philippe Tanguy, environ 1,3 million de salariés seraient concernés, pour des recettes potentielles de 1,3 milliard d’euros par an.
Des entreprises déjà confrontées à d’importantes difficultés de recrutement
La mesure suscite particulièrement l’inquiétude dans l’hôtellerie-restauration, où les professionnels rencontrent depuis plusieurs années des difficultés pour pourvoir certains postes. Les représentants du secteur s’interrogent ainsi sur la pertinence d’une telle mesure. « On a déjà des restaurants qui ferment parce qu’ils ne trouvent pas de personnel. Même si on le voulait, on ne pourrait pas recruter autrement : sur des postes de plongeurs ou d’employés d’étage, par exemple, on n’a pas d’autres candidats… », explique Catherine Quérard, présidente du Groupement des hôtelleries et restaurations. Même inquiétude dans les services à la personne, où la Fédération française des services à la personne et de proximité (Fédésap) alerte sur les conséquences d’une nouvelle taxe pour des structures qui peinent déjà à répondre à la demande, notamment dans l’accompagnement des personnes âgées.
Le Syndicat des indépendants et des TPE (SDI) est lui aussi monté au créneau. Dans un communiqué publié le 7 octobre, l’organisation rappelle que l’embauche d’un salarié extracommunautaire soumis à autorisation de travail est déjà strictement encadrée. « Nous avons en France un réflexe trop fréquent : à une difficulté, répondre par une taxe. Or le véritable problème est de comprendre pourquoi nous avons simultanément des personnes à la recherche d’un emploi et des entreprises qui ne parviennent pas à recruter », souligne Marc Sanchez, secrétaire général du SDI. Le syndicat appelle plutôt à améliorer la formation, l’orientation des demandeurs d’emploi et l’attractivité des métiers en tension.
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Le RN défend une mesure destinée à favoriser l’emploi national
De son côté, le Rassemblement national assume pleinement sa proposition, qu’il présente comme un moyen d’inciter les entreprises à recruter davantage de travailleurs français et à réduire le chômage. Interrogée sur le sujet le 7 octobre, Marine Le Pen a notamment justifié cette mesure par le coût que représenterait, selon elle, la main-d’œuvre étrangère pour la société. Le parti estime également que les entreprises doivent améliorer les conditions de travail et l’attractivité des métiers afin de favoriser les recrutements sur le marché national. Une position que contestent les organisations professionnelles, qui rappellent que le recours à des travailleurs étrangers répond souvent à un manque de candidats, et non à une volonté de privilégier cette main-d’œuvre.
La proposition est toutefois loin d’être définitivement adoptée. L’amendement déposé par Jean-Philippe Tanguy a été rejeté en commission des finances, mais pourrait être présenté de nouveau lors des débats parlementaires. Le sujet pourrait donc continuer à alimenter les discussions autour du budget 2027, et plus largement de la prochaine élection présidentielle.
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