Désabusés, lassés, mais aussi combatifs et solidaires : Un an après, les commerçants racontent

Un an après le premier confinement, les commerçants partagent aujourd’hui leurs ressentis et perspectives d’avenir, à l’heure même où un nouveau tour de vis vient d’être imposé à plus d’un tiers de la population française.

confinement commerce

« Cette crise sanitaire sans précédent aura des conséquences humaines, sociales et économiques majeures », avait prévenu Emmanuel Macron le 16 mars 2020, au soir de l’annonce du premier confinement. Un an après, ces paroles ont une résonnance particulière chez les commerçants, et plus généralement pour une grande partie des indépendants, qui ont payé le prix fort de cet arrêt brutal de l’économie. Et si la vague de faillites tant redoutée a pu finalement être repoussée grâce aux multiples dispositifs d’aide à la trésorerie, les perspectives d’avenir semble malgré tout s’assombrir de plus en plus pour les acteurs du commerce. Les chiffres publiés par l’Association GSC, le régime d’assurance perte d’emploi des chefs d’entreprises, montre qu’entre 100 000 à 150 000 entreprises individuelles pourraient ainsi connaître une défaillance en 2021 ! S’il ne s’agit là encore que de prédictions, force est de constater que de plus en plus de commerçants se retrouvent aujourd’hui face à des difficultés accrues de trésorerie. Toujours selon l’Association GSC, 100 000 TPE ne disposeraient à l’heure actuelle que de trente jours de trésorerie d’avance…

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« On tient parce qu’en tant qu’indépendant c’est dans notre ADN de ne rien lâcher, mais c’est difficile pour tout le monde », analyse Patrice, gérant d’un restaurant à Dunkerque. Un état d’esprit combatif que l’on retrouve dans la consultation que nous avons menée la semaine dernière et à laquelle plus de 1000 commerçants ont participé (voir les résultats ci-dessous). Ainsi, si plus de la moitié des répondants déclarent vivre mal cette période, et même se sentent déprimés pour un cinquième d’entre eux, ils ne sont en revanche qu’une minorité à anticiper la cessation d’activité. « On est obligé d’en faire beaucoup plus, de tout le temps s’adapter avec les nouvelles contraintes, j’en discute beaucoup autour de moi avec mes confrères, qu’ils soient restaurateurs, dans l’esthétique ou même dans l’alimentaire, tous sont fatigués, mais on ne lâche rien », témoigne par exemple Aurélie, à la tête d’un salon de coiffure dans le Val d’Oise (95). Ce sentiment d’exclusion né de cette appellation de « non essentiels » a permis dans de nombreux centres-villes d’unifier les commerçants. « On se parle plus qu’avant étant donné que l’on a vraiment le sentiment d’être dans le même bateau, c’est au moins le côté positif que l’on peut ressortir de cette crise », abonde Stéphane, gérant d’une librairie à Besançon. Une solidarité que l’on retrouve d’ailleurs aussi sur le net, à travers le groupe d’entraide et de réflexion des commerçants indépendants, qui regroupe aujourd’hui plus de 20 000 indépendants français !

état d'esprit commerçant
avenir commerce

Une baisse d’activité très prononcée

Dans ce contexte très défavorable, les commerçants n’ont alors pas eu d’autres choix que de s’adapter pour conserver un minimum d’activité. Click&Collect, e-commerce, réseaux sociaux, emailing… Autant de solutions qu’il a fallu mettre en place plus au moins rapidement, souvent avec les moyens du bord. « On a développé notre site e-commerce et on communique plus que d’habitude sur les réseaux sociaux, c’est déjà ça de pris, mais malheureusement c’est encore loin d’être suffisant pour se payer correctement », explique par exemple Patricia, à la tête d’une boutique de décoration à Paris. Les chiffres sont là pour en attester : 1 commerçants sur 3 a subi une chute d’activité supérieure à 10%, pour près d’un commerçant sur 4 cette baisse est comprise entre -30 et -50%, tandis que pour 1 commerçant sur 6 le chiffre a plongé à plus de 50% de ventes en moins ! Du jamais vu en temps de paix !

Click&collect
impact chiffre d'affaires

Des ventes en chute libre, et pour cause. Entre la fermeture des bars, des restaurants ou encore des lieux culturels qui dure depuis maintenant près de 6 mois, le couvre-feu imposé à 18 heures (passé à 19 heures depuis le 20 mars), les appels répétés des pouvoirs publics à télétravailler… Les commerçants se retrouvent de facto dans l’impossibilité d’exercer leur activité dans de bonnes conditions. « Depuis le début de l’année c’est très difficile, confirme Sandra, qui gère un salon de coiffure à Biarritz. Les clientes se font de plus en plus rare, et je les comprends, pourquoi venir se faire coiffer alors qu’on ne peut plus sortir le soir, et que le reste de la journée on fait du télétravail ». Dans ce contexte délétère, le gouvernement a décidé de prolonger le fonds de solidarité pour les mois de janvier et février (et probablement pour mars aussi), mais compte tenu des critères restrictifs pour y accéder, hormis pour ceux qui subissent toujours une fermeture administrative, assez peu de commerçants ont pu le solliciter. « En janvier ma baisse d’activité a été de 30%, et pour février c’est 45%, dans ces conditions ça va être difficile de tenir encore longtemps », reconnaît Sarah, fleuriste à Fréjus.

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Le confinement de trop

Alors que les pouvoirs publics laissaient entrevoir une sortie de crise d’ici les prochaines semaines, le nouveau confinement instauré dans 16 départements depuis le samedi 20 mars a replongé les commerçants dans un brouillard d’incertitudes. Certes les aides seront cette fois-ci plus conséquentes que lors des précédents confinements de mars et de novembre, mais pour beaucoup c’est le confinement de trop. D’autant que cette fois-ci les règles ont changé, à l’image des salons de coiffure, des libraires ou encore des fleuristes, considérés dorénavant comme « essentiels », pendant que les boutiques de mode, de décoration, de jouets… ne le sont toujours pas. Sans qu’aucune explication n’ait été fournie par le gouvernement. « On vient tout juste de rentrer nos nouvelles collections que l’on doit fermer, c’est un véritable coup de massue qui nous tombe sur la tête, explique Damien, dépité, a la tête d’une boutique de mode à Cannes. Et quand j’entends notre ministre de l’Economie annoncer que la solution serait d’instaurer une nouvelle période de soldes en avril, alors que l’on aura même pas eu le temps de vendre à un “prix normal”, celui qui nous fait vivre en fait, je suis en colère ! ».

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Et quand bien même cette mesure viendrait avec une possible compensation financière sur les invendus de la saison d’hiver, cette récente proposition de Bruno Le Maire a du mal à passer chez les commerçants. « C’est complétement délirant, le problème des commerçants aujourd’hui c’est justement qu’ils ne parviennent plus à vivre de leur activité, ce n’est pas en bradant notre stock qu’on réglera ce problème », poursuit Angela, gérante d’une boutique de bijoux et d’accessoires à Angers. Reste à savoir si cette proposition sera suivie d’effet, et si réellement la vie pourra reprendre son cours d’ici la mi-avril, comme le laisse entendre actuellement le gouvernement. En attendant, il faudra continuer encore et toujours à tenir…

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