Budget 2027 : près de 49 milliards d’euros de dépenses supplémentaires votés en commission
Alors que la France vient de retrouver la première place européenne en matière de prélèvements obligatoires, les députés ont adopté en commission une série d’amendements augmentant considérablement les dépenses prévues pour 2027. Une situation qui relance le débat sur la maîtrise des finances publiques et leur financement.

Les discussions autour du budget 2027 prennent une tournure particulièrement délicate. Alors que le gouvernement, sous la pression des marchés financiers, cherche à réduire le déficit public, les députés de la commission des finances ont multiplié les amendements visant à augmenter les moyens accordés à différents ministères. Selon un décompte réalisé par le bureau du rapporteur général du budget, Philippe Juvin, ces votes représenteraient déjà 48,8 milliards d’euros de dépenses supplémentaires par rapport au projet initial.
Ces décisions interviennent dans un contexte budgétaire particulièrement contraint. Le gouvernement s’est fixé pour objectif de ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % attendus en 2026. Mais les discussions parlementaires montrent à quel point la recherche d’économies reste difficile, chaque groupe politique défendant ses priorités. Et si ces votes ne préjugent pas du budget définitif, ils illustrent les profondes divergences qui entourent la question des dépenses publiques.
Des milliards supplémentaires pour plusieurs ministères
Parmi les principales augmentations votées en commission, l’écologie arrive en tête avec plus de 11,7 milliards d’euros de crédits supplémentaires. Plusieurs amendements prévoient notamment de renforcer les investissements dans le transport ferroviaire et les mobilités, tandis que d’autres proposent d’augmenter les moyens consacrés au chèque énergie. L’enseignement scolaire bénéficie également d’une hausse de plus de 9,6 milliards d’euros, notamment pour financer une revalorisation des rémunérations des enseignants. Les députés ont également adopté des amendements représentant 5,1 milliards d’euros supplémentaires pour les politiques de solidarité, ainsi que des augmentations de crédits dans la justice, le sport ou encore les outre-mer.
À l’inverse, les propositions visant à réduire certaines dépenses ont rencontré davantage de difficultés. Plusieurs économies envisagées par le gouvernement ont ainsi été supprimées lors des discussions en commission. Pour faire adopter ces nouvelles dépenses, les députés utilisent un mécanisme budgétaire particulier. Comme ils ne peuvent pas augmenter directement les dépenses de l’État sans prévoir de compensation, ils proposent de transférer des crédits d’un programme vers un autre. Ils demandent ensuite au gouvernement d’annuler cette compensation, ce qui permet de conserver les dépenses supplémentaires sans réduire les autres budgets. Un tour de passe-passe comptable qui revient, en l’absence de recettes nouvelles, à creuser davantage le déficit public.
Une France déjà championne d’Europe des prélèvements obligatoires
Ces débats prennent une dimension particulière à la lumière des dernières données publiées par Eurostat. En 2025, la France a retrouvé la première place des pays de l’Union européenne où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés, avec un taux de 46 % du PIB, contre 45,1 % en 2024. Un niveau nettement supérieur à la moyenne européenne, qui s’établit à 40,7 %. Cet indicateur englobe notamment les impôts et les cotisations sociales, acquittés aussi bien par les ménages que par les entreprises.
Classement des pays de l’Union européenne selon la part des prélèvements obligatoires dans le PIB en 2025
| Rang | Pays | En % du PIB |
|---|---|---|
| 1 | France | 46 % |
| 2 | Belgique | 44,70 % |
| 3 | Danemark | 44,30 % |
| 4 | Autriche | 43,90 % |
| 5 | Italie | 43 % |
| 6 | Finlande | 42,50 % |
| 7 | Luxembourg | 42,20 % |
| 8 | Allemagne | 41,40 % |
| 9 | Grèce | 41,30 % |
| 10 | Suède | 41,20 % |
| 11 | Pays-Bas | 39,60 % |
| 12 | Slovénie | 39,10 % |
| 13 | Croatie | 38,90 % |
| 14 | Espagne | 38,10 % |
| 15 | Pologne | 37,60 % |
| 16 | Portugal | 37,10 % |
| 17 | Estonie | 36,60 % |
| 18 | Chypre | 36,30 % |
| 19 | Slovaquie | 36,10 % |
| 20 | Hongrie | 35,40 % |
| 21 | Tchéquie | 35,20 % |
| 22 | Lettonie | 34,20 % |
| 23 | Lituanie | 33,80 % |
| 24 | Bulgarie | 30,60 % |
| 25 | Malte | 30,30 % |
| 26 | Roumanie | 29,30 % |
| 27 | Irlande | 22,70 % |
| Moyenne de l’UE | 40,70 % |
Une situation qui pourrait perdurer, selon François Ecalle, ancien magistrat de la Cour des comptes et fondateur du site spécialisé Fipeco. Interrogé par Les Échos, l’expert rappelle que la France a effectivement réduit certains impôts depuis 2017, « mais on partait de tellement haut, qu’il a suffi de quelques hausses en 2025 pour qu’on redevienne les premiers ». Et les perspectives ne sont guère encourageantes. Avec les augmentations fiscales déjà décidées pour 2026 et celles envisagées pour 2027, il estime que « on va rester premier, hors concours, pendant encore pas mal de temps ». Plus préoccupant encore, François Ecalle considère que, pour redresser les finances publiques, « il va falloir continuer à augmenter les prélèvements obligatoires ». Tout en rappelant que les marges de manœuvre pour augmenter la fiscalité des entreprises sont plus que jamais limitées.
Lire aussi : Smic, cotisations patronales… une nouvelle hausse du coût du travail se profile pour les entreprises
Un équilibre budgétaire de plus en plus difficile à trouver
Le problème est d’autant plus préoccupant que la hausse des taux d’intérêt alourdit progressivement le coût du financement de la dette publique. Depuis plusieurs semaines, le taux de référence des emprunts de l’État français à dix ans avoisine régulièrement les 5%, selon les données de l’Agence France Trésor. Un niveau qui renchérit le financement des nouveaux emprunts et le refinancement des titres arrivant à échéance, réduisant d’autant les marges de manœuvre budgétaires. La charge des intérêts de la dette de l’ensemble des administrations publiques devrait ainsi atteindre 79,2 milliards d’euros en 2026, puis 91,2 milliards en 2027, soit une augmentation de 12 milliards d’euros en seulement un an. Et les perspectives à plus long terme sont encore plus préoccupantes. Une mission d’experts appuyée par l’Inspection générale des finances estimait en juillet dernier que, sans nouvelles mesures de redressement budgétaire, cette charge pourrait approcher les 125 milliards d’euros à l’horizon 2030 !
Reste désormais à savoir ce qu’il restera de ces amendements à l’issue des discussions parlementaires. Le projet de loi de finances pour 2027 est encore loin d’être définitivement adopté et les augmentations de dépenses votées en commission devraient être largement remaniées. Mais ces premiers débats illustrent toute la difficulté de réduire le déficit public dans un pays qui affiche déjà le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé de l’Union européenne. Avec une interrogation centrale pour les prochains mois. Le redressement des finances publiques passera-t-il réellement par une maîtrise des dépenses, ou faudra-t-il une nouvelle fois solliciter les contribuables, particuliers comme entreprises ?
Restez informés de l’actu pour les commerçants et indépendants :
Cet article vous a été offert !
Abonnez-vous et soutenez le média qui défend les commerçants indépendants.
Je m’abonne


Le meilleur logiciel de caisse en 2026 pour les commerçants
Shopify, WordPress, Prestashop, quel CMS choisir pour son eshop en 2026 ?
