Petits colis : l’Europe resserre l’étau autour de Shein, Temu et AliExpress
Depuis le 1er juillet 2026, les colis importés de moins de 150 euros sont soumis à un droit de douane forfaitaire de 3 euros. Une mesure pensée pour réduire l’avantage dont bénéficient les grandes plateformes d’e-commerce extra-européennes et renforcer les contrôles sur les produits vendus en ligne.

L’Union européenne passe enfin à l’action face à l’explosion des petits colis venus de l’étranger. Depuis le 1er juillet 2026, tous les colis de moins de 150 euros importés depuis des pays extérieurs à l’Union européenne sont désormais soumis à un droit de douane forfaitaire de 3 euros.
Jusqu’ici, ces colis bénéficiaient d’une exemption de droits de douane. Un régime pensé à l’origine pour éviter des démarches administratives disproportionnées sur de petits montants, mais devenu beaucoup plus contesté avec l’essor massif du commerce en ligne. En 2025, près de 5,9 milliards de colis de faible valeur auraient ainsi été expédiés directement vers les consommateurs européens, selon la Commission européenne. Un volume considérable, largement porté par les grandes plateformes d’e-commerce à bas coût comme Shein, Temu ou AliExpress, et qui crée une concurrence profondément déséquilibrée pour les commerçants européens, plus encore pour les commerçants français, soumis à des charges, des normes et des obligations bien plus strictes.
Comment fonctionne cette taxe de 3 euros ?
Le droit de douane forfaitaire de 3 euros dépendra du contenu de l’envoi. Si un colis regroupe plusieurs produits appartenant à une même catégorie douanière, par exemple plusieurs vêtements, un seul droit de 3 euros sera appliqué. En revanche, si la commande mélange plusieurs types de produits, comme des vêtements, des accessoires, des bijoux fantaisie ou de petits appareils électroniques, un droit de 3 euros sera appliqué pour chacune de ces catégories.
En clair, un panier composé de nombreux petits articles très différents ne sera pas traité comme un colis contenant uniquement des produits similaires. Cette taxe devra être acquittée par le vendeur ou l’importateur au moment du passage en douane, dans le cadre des formalités liées à l’entrée des marchandises sur le marché européen.
La taxe européenne remplace-t-elle la taxe française ?
La taxe européenne de 3 euros ne vient pas s’ajouter à la taxe française de 2 euros sur les petits colis. Cette dernière, mise en place en attendant une réponse commune au niveau européen, est ainsi suspendue depuis l’entrée en vigueur de ce nouveau droit de douane européen.
L’efficacité de la taxe française était de toute façon limitée. Les plateformes pouvaient la contourner en faisant arriver leurs colis dans d’autres pays de l’Union européenne, avant de les acheminer vers la France grâce au marché unique. Avec une règle appliquée à l’échelle européenne, l’objectif est donc de réduire ces possibilités de contournement.
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Les plateformes pourront-elles éviter la taxe ?
Cette fois, Bruxelles assure vouloir surveiller de près les éventuelles stratégies d’évitement, notamment le transit des colis par des pays partenaires de l’Union européenne dont certaines exportations peuvent bénéficier d’exemptions douanières, comme la Suisse. Ce type de contournement reste toutefois encadré, puisque les droits de douane dépendent du pays d’origine du produit, et non du pays par lequel il transite avant d’entrer sur le marché européen.
Les plateformes extra-européennes pourraient en revanche accélérer une autre stratégie , à savoir importer davantage de produits en gros, par palettes ou par conteneurs, avant de les stocker dans de grands entrepôts en Europe et de les revendre ensuite au détail. Dans ce cas, les marchandises ne relèveraient plus de la taxe de 3 euros sur les petits colis, mais des droits de douane classiques appliqués aux importations de plus de 150 euros. Pour les douanes, ce changement pourrait aussi faciliter les contrôles, puisqu’il est plus simple d’inspecter des cargaisons homogènes que des millions de petits colis composés de produits très différents.
Pour les commerçants indépendants, cette taxe reste donc une première étape, mais elle ne suffira pas à elle seule à rééquilibrer durablement le marché. Comme le résume Pierre Talamon, président de la Fédération Nationale de l’Habillement (FNH) : « Ce droit de douane européen est une première victoire pour le commerce indépendant. Il ne règle pas tout mais contribue à lutter contre les distorsions de concurrence et redonne de l’équité dans un marché saturé par des produits importés à très bas coût. L’objectif n’est pas de supprimer la concurrence mais de faire en sorte que tous ceux qui vendent sur le marché européen respectent les mêmes règles et assument les mêmes responsabilités. »
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