Les défaillances d’entreprises se stabilisent au 3e trimestre 2026, mais restent à un niveau record

Avec 14 652 procédures collectives ouvertes au 3e trimestre 2026, les défaillances d’entreprises progressent de 0,5 % sur un an. Si le rythme de hausse ralentit fortement, leur nombre reste malgré tout à un niveau historiquement élevé, notamment parmi les plus petites entreprises. Dans le commerce et la restauration, les évolutions demeurent très contrastées selon les activités. Explications et analyse détaillée par secteur et par région.

fermé entreprise France
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Les défaillances d’entreprises restent à un niveau historiquement élevé en France. Selon la dernière étude du cabinet Altares, 14 652 procédures collectives ont été ouvertes au 3e trimestre 2026, soit une hausse limitée à 0,5 % par rapport à la même période l’an dernier. Une quasi-stabilisation qui tranche avec les fortes progressions enregistrées au cours des dernières années, mais qui ne doit pas masquer l’ampleur des difficultés. Sur le seul mois de septembre, 7 100 défaillances ont ainsi été enregistrées, un nouveau record pour cette période. Sur douze mois glissants, la sinistralité atteint désormais près de 71 900 défaillances, frôlant toujours le seuil des 72 000 procédures.

Dans le détail, les redressements judiciaires progressent de 4,2 %, à 4 576 procédures, tandis que 9 744 entreprises ont directement été placées en liquidation judiciaire, soit une baisse de 1,2 % sur un an. Ces dernières représentent encore près des deux tiers des défaillances enregistrées sur le trimestre, mais leur proportion continue de diminuer. L’impact sur l’emploi recule également de près de 3 %, avec tout de même 50 510 postes menacés. Dans ce contexte, « le pic des défaillances est peut-être derrière mais pas celui de la fragilité financière des entreprises », résume Thierry Millon, directeur des études Altares.

Les TPE restent en première ligne, les PME sous vigilance

Comme lors des précédents trimestres, les TPE concentrent encore l’essentiel des difficultés. Les structures de moins de trois salariés représentent à elles seules 10 960 défaillances, soit près de 75 % des procédures ouvertes au 3e trimestre. Leur nombre progresse de 2,9 % sur un an, confirmant la fragilité persistante des plus petites entreprises, souvent moins armées pour faire face aux tensions de trésorerie et aux coûts d’exploitation. Plus de sept sur dix ont d’ailleurs été directement placées en liquidation judiciaire. Les jeunes entreprises restent également particulièrement exposées, puisque les structures de moins de six ans concentrent 42 % des procédures enregistrées sur le trimestre.

La tendance est en revanche plus favorable pour les entreprises de 3 à 19 salariés, qui totalisent 3 267 défaillances, en recul de 5,6 %. La baisse atteint même 9,5 % pour les structures employant entre 10 et 19 salariés. Une amélioration qui se confirme également parmi les entreprises de 20 à 49 salariés, dont les défaillances diminuent de 11,1 % sur un an, principalement grâce au recul des liquidations judiciaires directes.

De leur côté, les entreprises de 20 salariés ou plus restent très minoritaires dans les statistiques, avec 425 procédures ouvertes au troisième trimestre 2026, en baisse de près de 9 % sur un an. Une évolution globalement favorable qui doit néanmoins être nuancée pour les structures les plus importantes. Parmi elles, 48 entreprises de 100 salariés ou plus ont fait défaut, un niveau quasiment stable par rapport à l’an dernier. Ces seules entreprises concentrent environ 10 000 emplois menacés, soit près de 20 % du total. La progression des procédures de sauvegarde dans cette catégorie montre néanmoins que de plus en plus de structures cherchent aujourd’hui à anticiper leurs difficultés afin de préserver leur activité.

Évolution du nombre de défaillances d’entreprises en France sur 15 ans (Données 12 mois glissants – Septembre 2011 à Septembre 2026)

défaillances entreprises sur 15 ans 2026
En données glissées sur 12 mois, la barre des 71 900 cessations de paiement a été franchie au mois de juin 2026.

Des évolutions toujours très contrastées dans le commerce

Dans le commerce, 3 053 procédures ont été ouvertes au 3e trimestre 2026, soit une hausse limitée de 0,3 % sur un an. Derrière cette quasi-stabilité, les situations varient fortement selon les activités. Les défaillances augmentent de 15,3 % dans les commerces alimentaires spécialisés, avec une situation particulièrement difficile pour les boucheries, comme lors du précédent trimestre. Les magasins multi-rayons, qui regroupent notamment les épiceries, supérettes et supermarchés, enregistrent de leur côté une hausse encore plus marquée de 18,5 % au cours des trois derniers mois. La vente hors magasin affiche également une augmentation des défaillances de 11,4 %, notamment sur les marchés.

Les difficultés ne se limitent pas aux commerces alimentaires. Plusieurs activités de proximité restent également sous pression. Les commerces de soin de la personne et d’optique enregistrent ainsi une hausse de 11 % des procédures, tandis que les magasins de sport (+16 %), les librairies (+10 %) et les quincailleries (+18 %) connaissent également une dégradation de leur situation. Dans les services aux particuliers, les activités de réparation affichent aussi une forte progression des défaillances de 28,8 %, tandis que les autres services à la personne, parmi lesquels les pressings, le coaching ou les conciergeries, enregistrent une hausse de 9,2 %.

À l’inverse, plusieurs secteurs montrent des signes d’amélioration. C’est notamment le cas de l’habillement, qui confirme son redressement avec 193 défaillances au cours du trimestre, soit une baisse de 25,2 %, après plusieurs années particulièrement difficiles. Une orientation favorable s’observe également dans le bricolage et l’équipement du foyer (-3,8 %), notamment dans les commerces de meubles (-6 %), ainsi que dans l’ensemble des commerces de sport et de loisirs (-10,5 %), malgré la hausse observée dans les seuls magasins de sport. Enfin, les coiffeurs, instituts de beauté et activités de soins corporels totalisent 424 défaillances, en recul de 4,9 % sur un an, grâce notamment à une amélioration dans la coiffure (-8 %).

Le secteur CHR reste sous forte pression

Le secteur des cafés, hôtels et restaurants reste lui aussi fortement exposé, avec 2 087 défaillances enregistrées au 3e trimestre 2026, soit une hausse de 11 % sur un an. La restauration concentre l’essentiel des procédures, avec 1 694 entreprises défaillantes, en progression de 9,6 %. La restauration traditionnelle reste la plus touchée en volume, avec 880 procédures (+6,3 %), mais la dégradation est encore plus rapide dans la restauration rapide, qui enregistre 764 défaillances (+15,8 %).

La situation se détériore également fortement dans l’hébergement, avec 96 procédures ouvertes, soit une hausse de 31,5 % par rapport au 3e trimestre 2025. Les hôtels sont particulièrement concernés, avec une augmentation de 28 % des défaillances, tandis que celles des hébergements touristiques de courte durée ont doublé sur un an. Les débits de boissons, qui avaient enregistré une amélioration au trimestre précédent, repartent eux aussi nettement à la hausse, avec 297 défaillances, en progression de 13,4 %.

Des régions très inégalement touchées

Si des disparités importantes s’observent sur le plan sectoriel, il en est de même au niveau territorial. La situation est particulièrement préoccupante dans les Pays de la Loire, où 797 entreprises ont ouvert une procédure collective au 3e trimestre 2026, soit une hausse de 18,4 %. Une dégradation qui se poursuit depuis plusieurs années, avec un nombre de défaillances en augmentation de près de 65 % depuis l’été 2023. La Bretagne connaît également une forte détérioration, avec 559 procédures, en hausse de 11,4 %. Les Hauts-de-France (+4,4 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (+3,3 %) enregistrent aussi une progression supérieure à la moyenne nationale. L’Île-de-France reste de son côté la région la plus touchée en volume, avec 3 287 défaillances, en hausse de 3,9 %, tandis que l’Auvergne-Rhône-Alpes affiche une progression plus contenue de 2,2 %.

À l’inverse, plusieurs territoires affichent une orientation plus favorable. Le nombre de procédures recule notamment en Normandie (-11,9 %), en Provence-Alpes-Côte d’Azur (-5,5 %), en Nouvelle-Aquitaine (-5,3 %), dans le Grand Est (-4,9 %) et en Occitanie (-4,1 %).

Des améliorations qui doivent toutefois être relativisées, tant le niveau global des défaillances reste élevé. D’autant que les disparités peuvent être importantes au sein d’une même région. En Île-de-France, par exemple, les procédures reculent de 12 % à Paris, mais bondissent de 44 % en Seine-Saint-Denis. De même, dans le Grand Est, le Haut-Rhin enregistre une hausse de 45 %, malgré l’amélioration observée à l’échelle régionale.

Carte d’évolution des défaillances par région au 3e trimestre 2026

défaillances par région en 2026
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Une stabilisation des défaillances en Outre-mer

Dans les territoires ultramarins, la situation semble également se stabiliser après plusieurs trimestres de fortes augmentations. Au total, 508 défaillances ont été enregistrées au 3e trimestre 2026 dans l’ensemble statistique ultramarin retenu par Altares, soit exactement le même nombre qu’un an auparavant. La Réunion concentre toujours le plus grand nombre de procédures, avec 257 entreprises défaillantes, en légère hausse de 3,2 % sur un an.

La Martinique enregistre également une progression modérée de 4,4 % de ses défaillances, avec 94 procédures ouvertes. À l’inverse, la situation s’améliore en Guadeloupe, où leur nombre recule de 7,2 %, à 103 procédures, ainsi qu’en Guyane, qui affiche une baisse de 11,1 %, avec 40 défaillances. Enfin, Mayotte enregistre une diminution de 75 %, mais sur un volume extrêmement limité, avec une seule procédure ouverte contre quatre au 3e trimestre 2025. Des évolutions contrastées qui témoignent d’une accalmie globale, sans pour autant faire disparaître les difficultés rencontrées par les entreprises ultramarines.

défaillances outre mer en 2026
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Quelles perspectives pour les mois à venir ?

Depuis le début de l’année, près de 52 700 entreprises ont fait défaut en France. Si le rythme de progression des défaillances ralentit nettement, difficile pour autant d’envisager une amélioration rapide. Altares estime ainsi que près de 19 000 nouvelles procédures collectives pourraient encore être ouvertes au quatrième trimestre 2026, ce qui porterait le total annuel à près de 72 000 défaillances. Une perspective qui s’explique notamment par une conjoncture économique toujours difficile. Comme le souligne Thierry Millon, directeur des études Altares, « entre une consommation prudente, des investissements sélectifs et un soutien budgétaire public contraint, les moteurs traditionnels de la croissance française tournent au ralenti ».

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Dans ce contexte, le directeur des études Altares prévient que « dans ces conditions, le nombre des défaillances peut difficilement s’écarter des niveaux historiquement élevés. Les entreprises les plus résilientes seront celles capables de préserver leurs équilibres financiers sans renoncer à préparer leur développement futur. Un défi majeur pour ne pas dire une équation insoluble pour de très nombreuses entreprises. »

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