« J’aime le commerce de proximité », l’association qui redonne le sourire aux commerçants du Mans

Philippe Guider, président de l’association « J’aime le commerce de proximité », ne manque pas d’idées pour mettre en avant et porter la voix des commerçants du Mans.

Le Mans j'aime le commerce de proximité
Philippe Guider, Président de l’association de commerçants « J’aime le commerce de proximité ».

Vous présidez depuis maintenant près de 3 ans l’association de commerçants Manceaux « J’aime le commerce de proximité ». Pourtant, vous n’avez jamais été vous-même commerçant. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Tout simplement parce que je suis très attaché à la ville du Mans, où j’habite depuis de nombreuses années, ainsi qu’à ses commerçants de proximité qui font vivre et rayonner notre cœur de ville. A présent à la retraite, j’ai décidé de m’investir pleinement auprès des commerçants, pour défendre leurs causes, les mettre en avant, mais aussi apporter mon expérience en tant que « simple client ». Durant ma carrière professionnelle, j’ai eu l’occasion de pousser les portes de nombreux commerces à travers la France, ce qui me permet d’avoir aujourd’hui une vision transversale du métier. Alors bien entendu, au début, certains ont été surpris de cette démarche, mais à présent l’association a su se faire une véritable place dans le tissu économique local, avec près de 150 adhérents, et nous travaillons main dans la main avec les élus locaux et autres regroupements de commerçants de la ville.

Rentrons maintenant dans le vif du sujet, comment se porte le commerce de centre-ville au Mans ?

Je dirais que nous sommes dans la moyenne française, les temps sont difficiles certes, notamment pour les indépendants, mais ne nous ne sommes pas les plus à plaindre. Nous avons par exemple été plutôt épargnés par les baisses de fréquentation suite aux mobilisations des gilets jaunes. La vacance commerciale, de 7,5 % en centre-ville, reste également assez contenue. Même si certaines zones subissent de plein fouet l’évasion des commerçants, et notamment les enseignes, toujours plus attirées par la périphérie. Comme beaucoup de territoires en France, nous sommes en effet entourés de surfaces commerciales, et pourtant les projets de création de nouvelles zones commerciales ou d’agrandissement fleurissent encore.

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En centre-ville, nous avons encore la chance d’avoir beaucoup de commerçants indépendants, particulièrement dans les secteurs du prêt-à-porter, de la coiffure ou encore de l’optique. En revanche, il nous manque des commerces alimentaires de proximité, fromagers, poissonniers, épiceries fines… Les marchés non sédentaires comblent en quelque sorte ce vide, mais ce dont nous avons besoin aujourd’hui ce sont des halles de centre-ville. Nous manquons de locomotive au Mans, d’enseignes nationales et internationales capables de drainer de gros flux de clientèle. Créer des halles pourrait redonner un coup de jeune à notre cœur de ville.

Justement à ce propos, quels sont vos attentes envers les élus locaux ?

Nos revendications en tant qu’association de commerçants portent principalement sur 3 points : accessibilité, sécurité, et baisse des loyers. Le coût du stationnement en centre-ville est bien trop élevé, si bien qu’on se retrouve aujourd’hui avec des parkings à moitié désertés ! Nous avons également besoin de davantage de policiers municipaux pour faire face à la délinquance grandissante au Mans, notamment en soirée. Enfin, on attend la mise en place de la taxe sur les locaux commerciaux inoccupés depuis au moins 2 ans, qui devrait se chiffrer à 10% du montant de la taxe foncière. C’est un véritable problème aujourd’hui dans les centres-villes, et pas seulement au Mans, et je pense qu’il est nécessaire de sanctionner les propriétaires qui ne jouent pas le jeu.

Avec votre association « J’aime le commerce de proximité », vous avez ressuscité la course des garçons de café. Racontez-nous comment s’est déroulé cet événement.

Cela faisait 27 ans que l’on n’avait plus organisé une course des garçons de café au Mans, et ce fut une véritable réussite, avec 35 participants qui ont couru dans les rues du centre-ville sur une distance de 1,4 km, plateau à la main !

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© Radio France – Clémentine Sabrié

Au-delà de la performance des participants, l’événement a surtout été l’occasion de mettre en avant les restaurants et bars manceaux, et plus généralement l’ensemble des commerces du cœur de ville. Ça permet de donner une belle image de notre centre-ville, de montrer aux habitants que leurs commerçants sont dynamiques, investis dans l’animation de leur commune. C’est ce qu’il faut faire aujourd’hui si l’on veut redonner envie aux citoyens de venir faire leurs achats en ville.

Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux, et c’est notamment ce qui pourrait expliquer le succès de cette course des garçons de café. En quoi ces nouveaux moyens de communication vous sont utiles pour faire avancer la cause des commerçants ?

Tout simplement parce que cela nous donne un véritable poids auprès de nos interlocuteurs, et notamment vis-à-vis des élus locaux. Aujourd’hui on compte près de 14 000 abonnés sur notre page Facebook, principalement des habitants du Mans et des alentours, et 1 500 abonnés sur notre compte Instagram. Soit autant de potentiels électeurs…

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D’un autre côté, c’est aussi un moyen de mettre en avant les commerçants du centre-ville, leurs initiatives, de leur faire un coup de pub en quelque sorte, c’est surtout ça l’idée derrière notre présence sur les réseaux sociaux. Après nous ne pouvons pas tout, c’est aux commerçants aussi individuellement de communiquer davantage sur ce qu’ils font, de proposer une offre originale, de travailler sur des animations en commun avec leurs voisins de pallier… On ne peut plus rester enfermé dans sa boutique chacun de son côté, si les indépendants ne veulent pas disparaître, ils doivent absolument s’unir. C’est ce que nous tentons de faire aujourd’hui à travers l’association de commerçants : unir nos forces pour développer l’attractivité du centre-ville et de ses commerces.