Dans le Gers, le coup de gueule d’un commerçant cambriolé fait le buzz sur les réseaux sociaux

Après le cambriolage de sa brasserie à Lectoure, Yannick Pitton a publié plusieurs vidéos pour dénoncer le ras-le-bol des commerçants face aux vols répétés. Son coup de gueule, largement relayé sur les réseaux sociaux, a relancé le débat sur l’insécurité vécue par de nombreux professionnels.

Yannick Pitton, patron de la brasserie Le Bastion à Lectoure
.

Cambriolé dans la nuit du 10 juin, Yannick Pitton, patron de la brasserie Le Bastion à Lectoure, dans le Gers, a choisi de ne pas garder sa colère pour lui. Grâce aux images de vidéosurveillance de son établissement, le restaurateur a pu identifier l’auteur présumé des faits, filmé pendant plusieurs dizaines de minutes à l’intérieur de son établissement.

Dans une série de vidéos publiées sur ses réseaux sociaux, le commerçant a dénoncé publiquement la situation. Son coup de gueule a rapidement pris de l’ampleur, cumulant plusieurs millions de vues et suscitant de nombreux messages de soutien, notamment de la part d’autres commerçants confrontés aux mêmes difficultés.

Un cambriolage lourd de conséquences pour la brasserie

Selon le restaurateur, le préjudice subi est important. Le cambrioleur présumé aurait forcé l’entrée de l’établissement avant de repartir avec la caisse et plusieurs paquets de cigarettes. Au-delà du vol lui-même, Yannick Pitton évoque surtout les dégâts matériels causés dans son commerce, notamment sur les menuiseries et la porte d’entrée.

Dans ses vidéos, le patron de la brasserie ne cache pas son exaspération. Il explique avoir d’abord masqué le visage du suspect, tout en lui laissant un délai pour restituer ce qui avait été volé. « Tu as 24 heures pour rapporter tout ce que tu as volé. Passé ce délai, ton visage et les vidéos de toi en train de fouiller et de voler seront affichés partout », avait prévenu dans un premier temps Yannick Pitton. Un ultimatum qui serait toutefois resté sans réponse. Dès le 13 juin, le restaurateur publie une nouvelle vidéo dans laquelle il révèle le visage et l’identité du suspect. « Le délai est passé. Tu n’as rien ramené. Tu as fait ton choix. Nous, on assume le nôtre », déclare alors le Gersois.

Plusieurs commerçants victimes dans le Gers

L’affaire a d’autant plus marqué localement que Yannick Pitton n’est pas le seul commerçant concerné. Dans une vidéo publiée le 12 juin, Valérie, gérante de la boutique de prêt-à-porter Oserez-vous, voisine de la brasserie Le Bastion, prend elle aussi la parole aux côtés du restaurateur. Elle confirme avoir été cambriolée et revient, à son tour, sur le préjudice subi par son commerce. « On bosse pour rien, et ça fout les boules », témoigne-t-elle.

Pour le restaurateur, cette répétition des faits nourrit un sentiment d’abandon chez les commerçants. Il dénonce le fait de devoir continuer à travailler, réparer, rouvrir et assumer les pertes, alors que l’auteur présumé des faits est déjà connu de la justice. « Il y a un ras-le-bol de voir que cet individu est connu pour des cambriolages par la justice mais que cela continue, qu’il prend le risque de me voler à visage découvert, c’est pour cela que j’ai publié les vidéos, raconte Yannick Pitton. J’ai appris le casier judiciaire de ce gamin qui a été condamné à 17 mois de prison alors qu’il était poursuivi pour 18 faits mais qui est ressorti au bout de dix mois. Et 72 heures après sa sortie, il était en garde à vue. »

Un coup de gueule devenu viral

En quelques jours, les vidéos du restaurateur ont largement dépassé le cadre local. Partagées massivement sur les réseaux sociaux et cumulant plusieurs millions de vues, elles ont suscité des réactions dans toute la France. De nombreux internautes ont affiché leur soutien au commerçant, tandis que d’autres ont rappelé les risques juridiques liés à la diffusion d’images d’une personne identifiable. Et pour cause, employer le terme de « voleur » pour désigner une personne qui n’a pas encore été jugée peut être considéré comme de la diffamation publique. Selon les cas, son auteur s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 12 000 euros, voire 45 000 euros et un an d’emprisonnement en cas de circonstances aggravantes.

Yannick Pitton en est conscient. Dans ses prises de parole, il reconnaît prendre un risque en exposant publiquement le visage du suspect. « Moi, je risque ma licence », résume-t-il, en pointant ce qu’il considère comme une situation paradoxale : être victime d’un cambriolage, subir des milliers d’euros de dégâts, puis risquer à son tour des sanctions pour avoir diffusé les images.

Un suspect interpellé, mais une colère toujours présente

Le buzz suscité par ses vidéos a toutefois fini par produire un effet concret. Quelques jours après leur diffusion, le suspect a finalement été interpellé à Agen, dans le Lot-et-Garonne. Selon Yannick Pitton, cette interpellation a été rendue possible grâce à des habitants d’Agen, qui auraient reconnu le suspect après avoir vu les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Mais pour le restaurateur gersois, l’affaire ne s’arrête pas là. Dans ses prises de parole, il insiste surtout sur la lassitude des commerçants confrontés à des vols répétés, à des dégâts matériels parfois très lourds et à l’impression de devoir assumer seuls les conséquences de ces cambriolages. Dans ce contexte, les professionnels attendent des mesures concrètes pour renforcer la sécurité, mais aussi pour durcir les sanctions à l’encontre des récidivistes.

Le gouvernement a justement présenté, en mai dernier, un plan pour renforcer la sécurité des commerces, avec notamment la vidéoprotection assistée, l’élargissement des pouvoirs des polices municipales et un durcissement des sanctions contre les auteurs de vols ou d’agressions visant les commerçants. Reste désormais à savoir comment ces annonces seront réellement mises en œuvre sur le terrain, avec quels effets concrets pour les commerçants, et si elles permettront de répondre au sentiment d’urgence exprimé par les professionnels. Affaire à suivre.

  Cet article vous a été offert !
Abonnez-vous et soutenez le média qui défend les commerçants indépendants.

Je m’abonne