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Perte d’attractivité des centres-villes, un phénomène mondial

La perte d’attractivité des petites et moyennes villes n’est pas spécifique à la France. Des Etats-Unis à la Grande-Bretagne en passant par le Japon, la plupart des pays développés font face à la même problématique.

attractivité centre-ville
« Ce magasin ferme, tout le stock doit disparaître », lit-on sur la devanture d’un commerce dans la ville de Redcar, au nord-est de l’Angleterre. La perte d’attractivité des centres-villes est également un phénomène préoccupant en Grande-Bretagne. SCOTT HEPPELL / AFP.

« Local à louer », « Spence for rent », « 貸し部屋 (Kashi Heya) »… En France, aux Etats-Unis, au Japon et plus généralement dans la plupart des pays de l’OCDE, la perte d’attractivité des centres-villes ne cesse de prendre de l’ampleur. Principales touchées par ce phénomène, les petites et moyennes agglomérations, qui pour la plupart d’entre elles, observent à la fois un repli de la fréquentation dans leur centre-ville, mais également une baisse de leur population. Cela est particulièrement vrai pour les pays où la population est vieillissante, à l’image du Japon et de l’Allemagne par exemple. Ainsi, comme le relate l’étude, au Pays du Soleil-Levant, toutes les capitales de département seront amenées à stagner ou perdre des habitants à l’horizon 2030 !

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« Métropolisation, décroissance, désindustrialisation, vieillissement, réformes territoriales de l’État, mutations commerciales », les raisons de cette perte d’attractivité des centres-villes sont multiples, comme le souligne une étude de l’Institut pour la recherche de la Caisse des Dépôts intitulée « Villes petites et moyennes, évolutions et stratégies d’action – comparaison internationale ».

Les politiques d’aménagement du territoire pointées du doigt

Sur le banc des accusés, les politiques publiques des pays développés sont coupables, selon les auteurs de l’étude, d’avoir privilégié la modernisation des métropoles et le développement de la périphérie au détriment de leurs petites et moyennes agglomérations. L’essor de la grande distribution au cours des années 60/70 l’illustre parfaitement, ces nouvelles enseignes ayant pu s’installer en périphérie avec le soutien des élus locaux. « En France et au Japon, les critiques lient le manque de maîtrise de l’étalement urbain à un laisser-faire dans l’attribution des permis d’édifier des surfaces commerciales », prennent ainsi pour exemple les auteurs de l’étude. A tel point que la périphérie concentre aujourd’hui la plus grande partie du chiffre d’affaires du commerce (62%) dans l’Hexagone, contre seulement 25% en centre-ville et 13% dans les quartiers. A l’inverse, les pays qui ont adopté une réglementation urbaine plus stricte ont su conserver un certain équilibre, à l’image de l’Allemagne, où le chiffre d’affaires du commerce se répartit équitablement entre périphérie, centre-ville et quartiers.

locaux vacants
En France, la perte d’attractivité des centres-villes se manifeste, entre autres, par la hausse constante du pourcentage de locaux vacants. En 2018 il s’est établit à 11,9%, selon Procos.

Sans surprise, la vacance commerciale a ainsi explosé dans la majeure partie des petites et moyennes villes des pays développés. En France, elle frôle les 12%, au Royaume-Uni entre 14% et 16%, au Japon le pourcentage de locaux vacants est de 15%… Des chiffres globaux qui masquent une forte disparité entre les petites et moyennes agglomérations (de moins de 200 000 à moins de 100 000 habitants selon les pays) et les grandes métropoles, dans l’ensemble épargnées par ce phénomène. « Alors que les grandes villes seraient plus productives, innovantes et accueillantes pour les salariés qualifiés, les villes petites et moyennes auraient du mal à adapter leurs économies et leurs marchés de l’emploi aux transitions technologiques qui favoriseraient les grandes concentrations urbaines », perçoivent les auteurs de l’étude.

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La perte d’attractivité des centres-villes est-elle une fatalité ?

Face à l’ampleur du phénomène, de nombreuses études sociologiques ont été menées un peu partout à travers les pays de l’OCDE afin de déterminer les politiques publiques à mettre en place pour revitaliser nos cœurs de ville. L’étude de l’Institut pour la recherche de la Caisse des Dépôts, qui a compilé ces nombreux travaux, en conclut que « la revitalisation du centre se fera en mettant en avant des atouts spécifiques ». « Les actions fondées sur la mise en place d’une “locomotive” paraissent en effet vouées à l’échec dans le contexte général des villes petites et moyennes », affirment les auteurs de l’étude. Selon eux, la plupart des consommateurs n’ont aucunement l’intention de renoncer à faire leurs courses au sein des grandes surfaces, d’où l’importance pour les petites et moyennes agglomérations de proposer une offre commerciale qui les distinguera. Dans cette optique, « l’intégration des associations locales (habitants, commerçants, entreprises, etc.) et des acteurs privés à des démarches collaboratives de revitalisation, apparaît comme essentielle dans le processus », ajoutent-ils.

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Valoriser le patrimoine historique, mettre en avant les spécificités agricoles, culinaires, géographiques… Les idées ne manquent pas pour les petites et moyennes villes, particulièrement en France où la richesse des territoires n’est plus à démontrer !

2 Comments

  1. Et pendant ce temps là le journal de 20h nous annonce que le commerce et l’artisanat se portent super bien et embauche à tour de bras… On doit pas parler des même pays…

  2. je comprend le message de NM, le journalisme aujourd’hui est primo cloné, il se résume à des titres pour faire le buz, tous les jours les mêmes sujets sont abordés de façon superficielle, et on passe à autre chose. On pique les mêmes sources sans en comprendre ou analyser le fond. Par exemple l’Allemagne dont les centre ville ne se portent pas mieux que dans les autres pays européens, et ce, malgré une urbanisation mieux maîtrisée. Pourquoi? La mondialisation ou la raison du plus fort fait loi. L’Allemagne est précurseur en Europe de la vente sur internet et favorise l’expansion de gros groupe comme Otto, Neckermann, Amazone. Le résultat est le même, les bailleurs de centre ville n’attendent que le locataire puissant pour remplacer un indépendant. Je pourrais en parler des heures pour ceux que ca peut intéresser. Et que souhaitent les consommateurs? autre sujet mais en lien direct ….

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