Territoires

Intimidations, subvention supprimée, les méthodes surprenantes du Maire de Coutras face aux opposants du village des marques

A Coutras, les opposants au projet de village des marques reçoivent un traitement particulier : entre les tentatives d’intimidations d’un couple de retraités et la subvention supprimée à une association de défense du patrimoine, le maire de Coutras semble prêt à tout pour faire taire les voix dissonantes.

A Coutras, petite commune de 8 000 habitants située dans le département de la Gironde, un projet de complexe commercial suscite la polémique. Le projet en question, porté avec ferveur par le maire de Coutras, ambitionne la création d’un village de marques d’une superficie de plus de 15 000 m2, pour un total de 94 boutiques et plusieurs centaines d’emplois directs et indirects à la clé. Un argument balayé par les opposants au projet, qui remettent en cause la véracité de ces chiffres. « Les retombées économiques sont exagérées, et ne prennent pas vraiment en considération l’impact négatif sur les commerces des villes aux alentours, affirme Marc Nécand, co-président du collectif national de contrôle des centres de marques (lire son interview ici). A l’heure où l’on parle d’arrêter la bétonisation des terres et de sauvegarder les centres-villes, ce projet de village de marques est vraiment malvenu. »

village des marques de Coutras
Le projet de village de marques de Coutras tel qu’il a été présenté par le cabinet d’architecte Édouard François.

Un avis visiblement partagé par les membres de la commission nationale d’aménagement commercial (CNAC), qui a en effet rendu un avis défavorable à ce projet le 16 mai 2019. Cette décision confirme l’avis déja défavorable rendu par la commission départementale d’aménagement commercial, le 13 février 2019.

La municipalité de Coutras va faire appel

Face à ce nouveau refus en l’espace de 3 mois, la municipalité de Coutras, se montre quand même confiante vis-à-vis de la réalisation du projet, et compte ainsi faire appel de la décision de la CNAC. « Cette résistance est normale lorsque l’on porte un projet d’une telle ampleur, mais nous ferons appel à tous les recours possibles car nous sommes convaincus de la pertinence de ce projet », nous affirme le directeur du cabinet du maire, Jean-Baptiste Coupat. Quant aux craintes des opposants au village de marques sur le risque déstabilisateur d’un tel projet vis-à-vis des commerces des centres-villes aux alentours, elles sont pour lui infondées. « L’exploitant Retail Outlet Shopping a déjà mis sur la table une enveloppe de 2,75 millions d’euros pour faire en sorte que les retombées puissent profiter au plus grand nombre, et particulièrement aux acteurs économiques de Libourne : une navette gratuite en direction du centre-ville de Libourne et du futur centre aquatique de la CALI seront notamment mises en place », explique-t-il.

Lire notre enquête : A Coutras, un village de marques contre les centres-villes

Un couple de retraités intimidé

Au delà de l’affrontement entre les défenseurs et les opposants au projet de village de marques, ce sont aujourd’hui les méthodes employées par Jérôme Cosnard, le maire de Coutras, qui posent question. Les faits récents montrent en effet que ce dernier semble prêt à tout pour faire venir ce village de marques dans sa ville. Ainsi, au mois de février 2019, un couple de retraité a été assigné par la municipalité de Coutras au motif d’une procédure abusive, comme le rapporte le journal local Sud Ouest. Leur tort : avoir déposé un recours lié au projet de village de marques. Avant de recevoir cette assignation, le couple de retraité avait déjà reçu deux appels et une visite de Jean-Baptiste Coupat, dans l’optique de les faire changer d’avis. Pourtant, la jurisprudence du Conseil d’Etat a récemment confirmé la possibilité pour tout citoyen de contester la modification du PLU de sa commune.

Jérôme-Cosnard-Coutras
Jérôme Cosnard, le maire de Coutras, et son directeur de cabinet, Jean-Baptiste Coupat. @Sud Ouest.

Mais les ennuis ne s’arrêtent pas là : quelques semaines plus tard, le couple reçoit un nouveau courrier de la Ville relatif à une infraction au code de l’urbanisme. « En cause, des dépendances qui servent de poulailler ou d’abris pour les outils », rapporte Sud Ouest. Une verbalisation qui ressemble là encore à une tentative d’intimidation, d’autant plus que ces constructions sommaires (des tôles posées sur des piquets ou des palettes en bois) datent des années 1970 ! Si le couple ne devrait en toute logique pas être inquiété, étant donné que la prescription en matière d’infraction d’urbanisme est de 3 ans (6 ans depuis février 2017), les méthodes de la municipalité de Coutras interrogent. Lorque nous l’interpellons sur cette affaire, Jean-Baptiste Coupat botte ainsi en touche, affirmant ne pas être véritablement informé sur la question…

Quant le maire de Coutras coupe la subvention à une association

Deux mois plus tard, c’est cette fois-ci au tour du GRAHC (Groupe de recherches archéologiques et historiques de Coutras) de faire les frais de la politique de la municipalité de Coutras vis-à-vis de ceux qui s’opposent au projet. L’association a en effet été privée de la subvention municipale, qu’elle recevait pourtant chaque année, au motif que son Président a osé critiquer la pertinence du projet de village des marques. « Nous en avons parlé et nous avons décidé qu’on ne pouvait pas soutenir financièrement un président qui ne soutenait pas un tel projet. Nous reconnaissons la valeur du GRAHC, nous avons besoin de cette association et le jour où elle changera de président nous sommes prêts à revoir notre position très vite », a alors expliqué Jérôme Cosnard, maire de Coutras, lors du conseil communautaire.

Lire aussi : « Les zones commerciales périphériques paupérisent les centres-villes »

Un procedé pour le moins surprenant, que le président du GRHAC, David Redon, perçoit comme un réglement de compte politique. Ce dernier, par ailleurs maire de Porchères et vice-président délégué au patrimoine culturel et naturel de la CALI (Communauté d’agglomération du Libournais) dénonce également des imprécisions dans les propos de Jérôme Cosnard. « Contrairement à ce qu’affirme le maire de Coutras, je ne me suis jamais opposé au projet de village de marques en tant que Président du GRAHC, qui est une association totalement apolitique, mais en tant qu’élu de la CALI, ce sont deux choses totalement différentes », témoigne-t-il. Quoi qu’il en soit, couper les vivres à une association au seul motif que son Président émette des réserves quant à la pertinence d’un projet d’aménagement commercial peut être perçue comme une pratique proche du clientélisme. Sollicité à plusieurs reprises, le maire de Coutras n’a de son côté jamais donné suite à nos demandes d’interview.

Quid du village de marques ?

Malgré l’acharnement de Jérôme Cosnard à vouloir faire venir à tout prix un village de marques à Coutras, une issue favorable au dossier semble à ce jour peu probable. C’est en tout cas l’avis de Marc Nécand, du collectif national de contrôle des centres de marques. « Le projet manque cruellement de soutien politique au niveau local, et les opposants sont décidés à ne rien lâcher, dans ce contexte je vois mal le maire de Coutras obtenir gain de cause en appel », explique-t-il. Au niveau de la région déjà, le président de la Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, s’est dernièrement déclaré « hostile » à ce projet. Les maires des principales agglomérations aux alentours, et notamment de Libourne et de Bordeaux, se sont égalament prononcés contre l’implantation d’un village de marques à Coutras. Tandis que les villes périphériques d’Angoulême, Bergerac, et Périgueux vont de leur côté bénéficier de fonds publics pour la rénovation de leur centre-ville, dans le cadre du programme « Action cœur de ville » (Libourne fait également partie des bénéficiaires). Du côté des soutiens locaux au projet, seule Véronique Hammerer, députée LREM de la Gironde, s’est montrée enthousiaste quant à la possible implantation d’un complexe commercial à proximité de centres-villes en difficulté. Reste à présent à savoir si la raison l’emportera sur les ambitions politiques locales et le lobbying des promoteurs immobiliers. Affaire à suivre de près donc.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*