Coronavirus : Les assurances refusent d’assurer la perte d’exploitation

Alors que les difficultés s’accumulent pour les entreprises, les compagnies d’assurances campent sur leur position : pas un centime ne sera déboursé au titre de la perte d’exploitation ! Une réaction qui provoque la colère des syndicats patronaux.

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« Les assurances sont les grandes absentes du mouvement de solidarité nationale ». L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), le premier syndicat patronal des cafés, hôtels, restaurants et établissements de nuit, ne mâche pas ses mots à propos de l’attitude adoptée par les compagnies d’assurances dans ce contexte exceptionnel de crise. Et pour cause, à l’heure où l’Etat, les banques, et même les bailleurs sont appelés à faire un geste pour venir en aide aux entreprises qui se retrouvent dans l’incapacité de travailler, le système d’assurance ne répondrait pas présent. Un avis largement partagé dans les rangs des syndicats patronaux et fédérations professionnelles, qui demandent aujourd’hui la reconnaissance par les pouvoirs publics d’un « état de catastrophe sanitaire ».

Que changerait la reconnaissance d’un « état de catastrophe sanitaire » pour les entreprises ?

Dans l’état actuel des choses, les contrats couvrant la perte d’exploitation ne prennent pas en considération le risque d’épidémie. Faute d’un dommage matériel, les entreprises ne peuvent donc pas solliciter un remboursement de leurs pertes d’exploitation liées aux conséquences de la crise du coronavirus. Une application des contrats “à la lettre”, qui n’est pas acceptable pour plusieurs syndicats patronaux qui militent aujourd’hui pour la création d’un état d’urgence sanitaire. Inspiré du modèle de l’état de catastrophe naturelle, ce dispositif permettrait ainsi aux entreprises de faire jouer la perte d’exploitation auprès de leur assurance. Une pétition a même été lancée en ce sens, recueillant à ce jour près de 90 000 signatures !

La réponse des assureurs

Face à la pression des syndicats patronaux, la Fédération française de l’assurance (FFA) a fait un premier pas la semaine dernière, en annonçant que les assureurs s’engageaient à maintenir les contrats des entreprises, y compris pour celles qui ne pourront pas payer leur cotisation dans les temps. Cela « permettra aux professionnels les plus touchés de poursuivre leur activité en restant couverts pour leurs risques assurés », s’est défendue dans un communiqué la présidente de la FFA, Florence Lustman. Pas de quoi satisfaire pour autant les représentants des commerçants, qui qualifie de « mesurettes » ces annonces de la Fédération française de l’Assurance. « Pendant que les assureurs cherchent à préserver leur solidité financière, nous recherchons la solidarité indispensable pour sauver nos entreprises et les emplois de nos salariés. Les assureurs doivent jouer leur rôle d’appui auprès de leurs assurés. Nous appelons les pouvoirs publics à arbitrer le plus rapidement possible cette situation inconvenante », martèle ainsi Roland Heguy, Président de l’Umih.

SIGNEZ LA PÉTITION : POUR LA SUPPRESSION DES CHARGES DES PETITS COMMERCES !

Mais rien n’y fait. Le gouvernement se refuse aujourd’hui à arbitrer ce débat. A juste titre rétorqueront certains, car un changement massif des conditions d’indemnisation pourrait faire vaciller tout le secteur de l’assurance. « Les pertes d’exploitation liées à la pandémie sont colossales et se chiffrent en dizaines de milliards d’euros », a récemment chiffré dans une note le comparateur d’assurances en ligne Assurland. Lors de la dernière réunion de crise qui s’est tenue à Bercy mardi 24 mars, les membres de la Fédération Française de l’Assurance ont tout juste annoncé leur contribution à hauteur de 200 millions d’euros au Fonds de solidarité (qui financera notamment l’aide de 1500 euros pour les entreprises en difficulté) et « s’engagent également à différer le paiement des loyers pour les PME et les TPE appartenant à l’un des secteurs dont l’activité est interrompue ». Pas un centime, en revanche, pour indemniser les entreprises au titre de leurs pertes d’exploitation.

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