Conflit au Moyen-Orient : les commerces face à un regain d’incertitude
La guerre au Moyen-Orient ravive le spectre d’un choc énergétique. Si le conflit devait s’installer, la hausse des prix du pétrole et du gaz pourrait freiner la décrue de l’inflation en France. Pour les commerçants, le risque est double : des coûts fixes potentiellement en hausse et un pouvoir d’achat des clients de nouveau sous pression.

Alors que l’inflation en France était retombée à 0,9 % sur un an, retrouvant un niveau proche de sa trajectoire d’avant-crise sanitaire, la guerre au Moyen-Orient réintroduit un risque de tensions inflationnistes. En quelques jours, les prix du pétrole ont progressé de plus de 10 %, et le gaz européen a bondi de près de 50 % sur les marchés ! Si ces mouvements devaient s’inscrire dans la durée, ils pourraient freiner, voire interrompre, la décrue des prix observée depuis plusieurs mois.
Pour les commerçants, la situation pourrait rapidement se traduire par une remontée des charges d’exploitation, notamment liées à l’énergie et au transport, tandis qu’un regain de tensions sur les prix pèserait à nouveau sur le budget des ménages, et donc sur la dynamique de consommation.
Un risque de regain des prix de l’énergie pour les entreprises
Premier risque identifié pour les entreprises, celui d’une tension durable sur les prix de l’énergie. La Banque centrale européenne a d’ores et déjà prévenu qu’un conflit prolongé au Moyen-Orient pourrait entraîner une nouvelle poussée d’inflation en zone euro si les marchés pétroliers et gaziers restaient durablement perturbés. Les inquiétudes portent notamment sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial ainsi qu’une part importante du gaz naturel liquéfié. Même en l’absence de rupture totale d’approvisionnement, la désorganisation des flux ou les attaques visant des infrastructures énergétiques suffisent à tendre les cours.
Une problématique directe pour les entreprises françaises dont la rentabilité dépend en partie de leur facture énergétique, comme cela peut être le cas pour les commerces de la branche alimentaire, mais également des secteurs comme l’hôtellerie/restauration, la coiffure et l’esthétique, les fleuristes… Rappelons que l’augmentation du prix du gaz impacte également les prix de gros de l’électricité en Europe, le gaz servant souvent de référence pour fixer le prix marginal sur les marchés. Les entreprises dont les contrats sont indexés ou arrivent à échéance pourraient ainsi voir leurs factures repartir nettement à la hausse.
À cela s’ajoute une possible augmentation des coûts d’approvisionnement. La hausse du prix du pétrole renchérit mécaniquement les coûts de transport et de livraison. Autant d’expositions supplémentaires au risque énergétique pour des commerçants dont les marges restent fragiles, d’autant que l’État ne dispose plus des mêmes marges budgétaires qu’en 2022 pour déployer un bouclier massif en cas de choc durable.
Même s’il convient tout de même de nuancer, dans la mesure où le contexte aujourd’hui est différent du choc inflationniste de 2022, suite au déclenchement de la guerre en Ukraine. « Nous partons aujourd’hui d’un niveau d’inflation faible en France, ce qui laisse davantage de capacité d’ajustement. Surtout, la crise ukrainienne était régionale : les prix européens avaient davantage augmenté qu’ailleurs. Ici, la transmission serait mondiale, via les marchés pétroliers et le GNL. Autrement dit, il n’y aurait pas de décrochage spécifique de l’Europe par rapport au reste du monde, ce qui constitue un facteur d’atténuation important », analyse Sébastien Jean, professeur au CNAM et directeur associé de l’Initiative géoéconomie et géofinance de l’Ifri.
Un risque sur la dynamique de consommation
Au-delà des charges, l’autre point de vigilance concerne la consommation. Une remontée durable des prix de l’énergie pèserait mécaniquement sur le budget des ménages, à l’heure où les tensions sur le pouvoir d’achat demeurent élevées. Même sans flambée immédiate, un environnement énergétique plus tendu peut conduire à des arbitrages plus prudents, alors même que le niveau d’épargne des Français reste historiquement élevé.
Il ne s’agit, à ce stade, que d’hypothèses. Les marchés de l’énergie réagissent rapidement aux tensions géopolitiques, mais l’ampleur réelle de l’impact dépendra avant tout de la durée du conflit et de l’éventuelle perturbation durable des flux d’approvisionnement. Les stocks stratégiques existent et les producteurs disposent encore de marges d’ajustement. En cas d’accalmie rapide, les tensions pourraient se résorber sans effet marqué sur l’économie réelle.
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En revanche, si les prix de l’énergie devaient s’installer à un niveau élevé, les effets pourraient rapidement se faire sentir sur l’activité commerciale. Un impact sur le panier moyen et la fréquentation ne peut être exclu en cas de tensions prolongées. Dans ce contexte, la visibilité économique reste limitée, et la prudence demeure de mise pour les professionnels. Une nouvelle fois… Affaire à suivre.
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