Braquages, agressions, cambriolages : les bijouteries en première ligne

Les braquages et cambriolages visant les commerçants se multiplient ces dernières années, et les bijouteries figurent parmi les cibles les plus exposées. En cause, la hausse spectaculaire du cours des métaux précieux, qui attire les convoitises. Une situation devenue invivable pour de nombreux commerçants.

hausse des cambriolages bijouterie
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À Bordeaux, le rideau s’est baissé dans un climat de sidération. Dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4 février 2026, la bijouterie Maison Laudate, située au 60 cours Georges Clémenceau, a été la cible d’un braquage. « Au-delà des pertes matérielles et des dégâts causés à notre boutique cet acte laisse des marques profondes, humaines et psychologiques, sur nos équipes comme sur l’ensemble de notre Maison. Ces blessures invisibles sont, sans conteste, les plus difficiles à effacer », a relaté dans la foulée l’enseigne, a travers un communiqué.

Cet épisode bordelais résonne d’autant plus qu’il s’inscrit dans une séquence plus large. Ces dernières années, et encore plus ces derniers mois, les attaques visant les bijouteries se sont multipliées, avec une violence accrue de la part des malfaiteurs. Tout récemment encore, dans la nuit du 30 au 31 janvier 2026, quatre individus se sont introduits au domicile d’un bijoutier à Nantes, usant de brutalité pour maîtriser la victime et sa fille, avant d’emporter plusieurs milliers d’euros et des pièces en or, puis de prendre la fuite à bord du véhicule familial.

Autre exemple récent, le 14 janvier 2026 à Annecy, où deux individus armés se sont introduits dans une bijouterie spécialisée dans l’achat et la vente d’or peu après l’ouverture, et ont menacé le gérant pour obtenir bijoux et liquidités. La scène, en partie captée par la vidéosurveillance, témoigne d’une brutalité extrême : le commerçant a été violemment frappé, puis laissé dans une mare de sang lorsque les agresseurs ont pris la fuite.

vitrine cambriolage bijouterie
Dans la nuit du 3 au 4 février 2026, la bijouterie Maison Laudate, à Bordeaux, a été victime d’un braquage.

Une convoitise dopée par les records de l’or

Cette multiplication des braquages n’a rien d’un hasard. Elle suit de près l’évolution des cours des métaux précieux, qui ont connu des hausses exceptionnelles depuis un an, notamment l’or et l’argent. Des augmentations qui attisent les convoitises, en renforçant l’attrait de ces biens faciles à transporter et à revendre.

Et qui ont poussé, en parallèle, au développement de filières de recel de plus en plus structurées. Une fois dérobés, bijoux, pièces, montres ou lingots ne restent pas longtemps au même endroit. Ils sont rapidement dispersés, revendus par petites quantités, parfois démontés ou fondus pour effacer toute trace, puis remis en circulation à travers une chaîne d’acheteurs et de revendeurs. Ce jeu de relais, organisé et mobile complique mécaniquement la traçabilité comme les investigations policières.

Des commerçants désemparés

Face à cette situation, les commerçants font de plus en plus part de leur désarroi. « Ces attaques qui se sont multipliées ont un grand impact sur notre quotidien. On évite d’être seul, on ouvre plus tard, on ferme plus tôt, on fait les dépôts autrement, on ne met plus certaines pièces en vitrine. Ce n’est pas seulement une question de marchandise, c’est la pression permanente, chaque client inconnu, chaque personne qui insiste, chaque mouvement devant la boutique devient un motif d’inquiétude. Et quand on voit ce qui arrive ailleurs, on se demande quand viendra notre tour… Le plus dur, c’est de continuer à accueillir normalement nos clients, alors qu’on travaille avec cette peur au ventre », partage Sandrine, gérante d’une bijouterie/horlogerie à Lille.

Au-delà de l’angoisse, cette multiplication des agressions a aussi un coût financier non négligeable pour les professionnels. Sécuriser une boutique signifie souvent investir en urgence dans des équipements coûteux (vidéosurveillance, alarmes, vitrages renforcés, coffres temporisés, contrôle d’accès…) puis assumer l’entretien, les abonnements et parfois le recours à un agent de sécurité. Et même pour ceux qui n’ont que peu, voire pas investi, la pression financière se fait sentir à travers le durcissement des contrats d’assurance. Hausse des primes, franchises relevées, garanties plus restrictives, exigences de sécurité renforcées pour rester couvert… certains professionnels expliquent devoir renégocier à la hausse, ou justifier chaque dispositif installé, sous peine de voir leur indemnisation discutée en cas de sinistre. Une double peine, qui vient s’ajouter aux pertes d’exploitation et aux jours de fermeture souvent imposés après une attaque.

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Les pouvoirs publics attendus au tournant

Dans ce contexte, les commerçants attendent aujourd’hui une réponse forte de la part des autorités publiques, et notamment une présence policière accrue aux alentours des établissements. Car si les professionnels de la bijouterie renforcent à leur frais leurs dispositifs, ils ne peuvent pas à eux seuls endiguer un phénomène alimenté par des réseaux et des filières d’écoulement bien rodés. Le message est lancé !

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